À cause de Gérard !

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Qui se souvient de Gérard, ce gros et gras raminagrobis du cinéma français ? Un chat avachi dans le Chablis et le Chaource… Qui parle encore du bonhomme, plusieurs dizaines d’années après la révolution ?

Dans la décennie 2010, le monde se crispait, se radicalisait. Et l’on voyait fleurir des extrémismes et autres dogmes à tous les coins d’idées. Qui tenait pour un Dieu impitoyable… qui tenait pour une politique de la vis et du viscéral.

Tout a commencé après les européennes de mai 2014.

Les partis traditionnels avaient pris une claque d’anthologie, au point qu’on en entendit le bruit jusque dans les Amériques. Le parlement se composait désormais de tout ce que l’ineptie politique pouvait proposer. En son sein, l’institution grouillait de vipères ne souhaitant qu’une chose : que meure à tout jamais une entente voulue pour en finir avec les horreurs du siècle précédent. Mais ça, nul ne s’en souvenait plus. Il faut avouer que la finance avait tordu l’utopie pour en faire un bandit manchot, gagnant à tous les coups pour ceux qui avaient la combinaison.

L’indignation, bruissant depuis quelques temps déjà, enfla, enfla jusqu’à envahir les réseaux sociaux. Il se créait des groupes rageant chaque jour, chacun proposant une solution pour en finir avec la prédation. La violence du mot n’arrivait pas à s’incarner dans les actes. Le monde, amorphe, écrasé, écartelé, vaquait à la production de biens en trop grandes quantités et qui ne trouvaient plus preneurs. La machine tournait, ronflant, comme le délire d’un savant fou.

Au gré d’émissions, en France mais ailleurs également, sur le coût de l’exil fiscal, son ampleur, un groupe d’allumés, de fondus, néanmoins créatifs imagina une stratégie. L’Histoire (la grande, celle qui se pare d’un « H » majuscule) n’a pas retenu leurs noms, mais ça n’a aucune espèce d’importance. Eux, ils en rigolent encore. Comme quoi le rire n’est pas ennemi de l’action. La facilité qu’offrait l’internet les vit se contacter, s’agglutiner. Ils avaient pris des pseudonymes dont le sens disait toute leur malice : Ma’Kiavelle la vieille italienne ; La Mère Qu’elle, l’allemande francophile ; Macha Ria, la marocaine facétieuse ; Mi Stère, un belge de poids ; Arthur Nosfé, le lutin des Carpates ; Pastalinovitch, le russe amateur de pizzas ; Chat en ligne, le chinois téméraire… et bien d’autres encore. La clique créa le personnage devenu désormais célèbre : Mégère Mémère.

Mégère Mémère était une silhouette masquée, revêtue d’une ample cape blanche. Chaque jour, à midi pétante, elle partageait sur l’internet un texte qui appelait à la révolte. Le texte était relayé de loin en loin et traduit dans le plus de langues possibles. Au début les autorités crurent à une blague de potache. Elles laissèrent filer.

Mais, peu, à peu, on vit apparaître des sites qui commentaient, proposaient, dénonçaient : « les deux tiers de la dette mondiale sont dans les repères de pirates que sont les paradis fiscaux… ils appartiennent à seulement dix millions de personnes… » Ceux qui étaient les cibles de ces dénonciations s’en foutaient bien, tant l’impunité est un sentiment de toute-puissance qui fait perdre l’entendement. Quand ils se réveillèrent, le mouvement avait échappé aux gouvernements.

De gigantesque sittings s’organisaient dans les capitales du monde. Les polices se solidarisaient avec ces peuples assis, immobiles, pacifiques. On envoya l’armée, qui n’osa pas tirer. Il y eut, çà et là, quelques blessés. On déplora moins d’une centaine de morts.

Les hackers s’emparèrent de la toile. Ils isolèrent la Suisse, Singapour, Hong Kong, les iles anglo-normandes, etc… et publièrent la liste de tous les noms de ceux qui possédaient des comptes biens pourvus.

Et ce fut la fin, la fin du monde économique connu jusqu’alors… On ne sait pas qui balança le premier petit suisse, ni sur quelle voiture ou objet il alla s’écraser. Mais ce fut le petit suisse de la déflagration. Désormais chaque fois qu’un homme politique sortait de son parlement, il prenait l’équivalent de plusieurs litres de lait sur son costume. Ceux dont le patronyme figurait sur la liste des pirates fiscaux ne pouvaient plus se baigner dans leurs piscines, elles étaient devenues des bains de yaourt.

Le créateur du fameux produit laitier cessa sa production, espérant que, faute de munitions la contestation cesserait… alors les familles relancèrent la fabrication artisanale.

 

Et voilà, de manière succincte, l’histoire de la révolution des p’tits suisses. Le monde a changé, il n’est pas sans défaut, mais il est moins injuste qu’avant. Comme quoi, d’un dessert pour bébé on peut faire un combat.

Petit suisse


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Délires et chuchotements… : Ecrits et cris >> Un peu de fantaisie dans un monde fou…
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