L’aéroport de Bruxelles au coeur des divisions entre Wallons et Flamands

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Bruxelles pas belle, Bruxelles bruyante ! Car l’aéroport et ses 220.000 vols annuels, et c’est là où les choses deviennent amusantes, est situé à Zaventem, en Région flamande, à 12 kilomètres au nord-est du centre-ville de Bruxelles, une ville-région qui, elle, est francophone à 90%…

Déjà en soit, il s’agit d’un non-sens typiquement local : c’est comme si la France n’avait pas construit Roissy en rase campagne et que tous les vols continuaient à partir du Bourget, aéroport situé à peu près à la même distance du centre de Paris que Zaventem. Inimaginable. Mais au moins le Bourget est au nord de Paris et les avions n’auraient pas eu à survoler la capitale. Zaventem, lui, a été construit au nord-est de Bruxelles. Autrement dit, comme les vents dominants viennent de l’ouest, les avions doivent obligatoirement décoller vers la capitale. Une vraie histoire belge.

 

Alors, pourquoi ne pas déplacer l’aéroport plus loin en Flandre ou au moins décaler la piste qui sert aux décollages vers des zones moins peuplées ? Tout simplement parce qu’entre déranger une vache flamande et un Bruxellois francophone, la Flandre a tranché.

 

Reste qu’il y a un moyen de limiter les nuisances pour Bruxelles : soit en virant brutalement à gauche vers le sud, soit en virant au nord puis en longeant vers le sud le périphérique bruxellois (le ring). Deux méthodes longtemps employées. Mais, voilà, ces zones sont en Flandre…

 

Aussi, les ministres des transports, tous Flamands depuis longtemps (et notamment le nationaliste Bert Anciaux), ont commencé, au début du siècle, à déplacer en douceur les routes aériennes de la périphérie flamande, peu peuplée, vers le centre de Bruxelles au nom de l’équilibre linguistique dans les nuisances. Et le plus fort, c’est que les membres du gouvernement francophones ont régulièrement accepté ces plans de survol, jusqu’à l’actuelle mouture votée en 2010. Il faut dire qu’aucun d’entre eux n’était bruxellois : or, les Francophones belges sont aussi divisés que les tribus gauloises et un Liégeois se fiche éperdument de ce qui se passe à Bruxelles…

 

«Sans cet élément communautaire nous aurions de tout autres plans de vol», a reconnu, l’ex-présidente du CDH et ministre de l’Intérieur, Joëlle Milquet. Il faut dire qu’elle est très embêtée, car cette fois-ci elle se présente à Bruxelles, tout comme le patron des libéraux, Didier Reynders, tous deux ayant signé sans état d’âme le plan de 2014. Et encore plus gênant pour elle : les Flamands ont eu l’intelligence de laisser à un Francophone, en l’occurrence le pauvre Melchior Wathelet du CDH qui n’a rien vu venir, le ministère du transport et donc l’application du plan contesté…

 

Dernier élément d’étonnement : le silence persistant des autorités européennes. Car, désormais, les avions survolent directement le quartier européen, et notamment le siège du Conseil où se retrouvent régulièrement 28 chefs d’État et de gouvernement, ce qui est pour le moins curieux dans le monde de l’après 11 septembre. D’ailleurs, les services secrets américains ont exigé la fermeture du ciel bruxellois pendant trois jours lors de la visite du président Obama, fin mars. Eux, ils savent parler aux Flamands, manifestement.

 

Pour en savoir plus : http://www.pasquestion.be/fr, le site de la mobilisation citoyenne autour de ce scandale. La carte ci-dessous en provient:

 

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Survol de Bruxelles, Vadot s’amuse

14 04 29 Quatremer
Mon article sur le survol de Bruxelles a suscité une déferlante de réactions contrastées (télés, radios, journaux, net), dont le clin d’œil de mon ami Nicolas Vadot. Tout se passe comme si Bruxelles n’attendait que ça, un regard extérieur pour  se révolter contre les mauvais traitements qu’elle encaisse depuis des années de la part du fédéral et des deux autres régions (Flandre et Wallonie). Tout cela me rappelle ce qui s’est passé lors de la publication de mon papier «Bruxelles pas belle» paru il y a un an. Après quelques réactions indignées ou dénégatrices,  ce sont les remerciements qui l’ont emporté. Désormais, même une partie de la classe politique bruxelloise me remercie pour la prise de conscience qu’il a accélérée (Rachid Madrane, mention spéciale). Be my guest, comme dirait l’autre.

 


Visitez le blog de Jean Quatremer : Coulisses de Bruxelles…


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13 commentaires

  1. Les guéguerres entre wallons et flamands sont bien montées en épingle par les politiques en premier, les journalistes ensuite.. En fait, le flamand et le wallon ne s’entendent pas si mal que cela.

  2. C’est faux Sylvie Dossin, la Belgique est un pays en déconstruction. La région Bruxelloise est enclavé dans la région flamande qu’il lui est hostile. Il y a aussi le RER qui doit aller de Bruxelles jusqu’à Nivelles (Brabant wallon) et la Flandre fait tout ce qui est en son pouvoir pour retarder les travaux sur la portion qui passe en territoire flamand. Où encore ceci : http://www.youtube.com/watch?v=057QRaYDucc

  3. Je suis belgo-français mais né à Bruxelles il y a 43 ans. Un père français et ma mère qui est décédée était belge. J’ai des origines française, wallonne et flamande par ma grand mère maternelle que je n’ai pas connue mais qui refusait de parler le flamand à ma mère par ce que ce n’était pas le bon flamand ! (patois). J’ai vécu 39 ans à Bruxelles et 4 ans en Wallonie dont d’ailleurs je compte y retourner pour des raisons familiale et d’emploi. Le taux de chômage officiel de Bruxelles est de 21% ! Il y a 15 ans déjà ce taux était de 20%… Bruxelles compte 19 communes dont celle de Molenbeek qui à un taux de chômage « officieux » de 50 % !!! mais personne n’en parle dans les médias. Je fait partie de la petite minorité qui est « rattachiste » et qui désire que la Wallonie et Bruxelles si elle le désire soit rattaché à la France. Je suis d’ailleurs membre du RWF et je me présentes aux élections du 25 mai comme troisième suppléant dans l’arrondissement de Bruxelles. La Belgique compte 3 régions et le plus singulier dans cette histoire c’est que la Flandre à établi sa capitale hors de sa région ! C’est à dire à Bruxelles (qui est historiquement flamande), alors qu’il n’y a plus que 5 % de flamand. Les flamands sont d’ailleurs surreprésentés au Parlement Bruxellois. Ils ont également tous les postes clés. Un exemple parmi tant d’autres, il n’y a pas eu de premier ministre francophone de 1974 à 2011, il y a 5 généraux dans l’armée belge et ils sont maintenant tous flamands. Dans presque toutes les grandes entreprises (SNCB, Belgacom,etc) les patrons sont flamands. Les flamand représentent 58% de la population mais il n’y a pas eu de recensement officiel depuis des décennies… Peu de temps après l’indépendance belge en 1830, le ver était déjà dans le fruit et au milieu du 19 ème siècle nait le « Mouvement flamand ». Le flamand ne fut reconnu comme langue officielle qu’en 1898. Les flamands ont reprochés aux francophones qu’il y a eu beaucoup de morts flamands durant la 1er guerre mondiale par ce qu’ils ne comprenaient pas les ordres en français. Il faut savoir que la bourgeoisie parlait le français mais les ouvriers, les paysans parlaient le flamand. Les revendications flamandes se sont fait toujours plus pressante. En 1968, il y a eu le « Wallen buiten » qui veut dire en français « Wallons dehors » Les étudiants francophones ont du fuir l’Université catholique de Louvain (Leuven) et ont bâti sur les propre territoire une nouvelle ville qui s’appelle Louvain-la-Neuve. Depuis ces incidents les partis politiques flamands et francophones sont séparés. Depuis lors les espace commun entre les deux communautés se sont réduit comme une peau de chagrin. L’état est devenu fédéral en 1993 et à chaque nouvelles réformes de l’état (on en est à la sixième), l’état central donne à chaque fois plus de compétences aux régions et aux communautés. Ce qui est inquiétant c’est que la Flandre vote toujours un peu plus à droite et d’ailleurs en 2010, pour la première fois de son histoire c’est un parti nationaliste qui à remporté les élections. Après 541 jours sans gouvernement la NVA fut écarté du pouvoir mais elle sera incontournable cette fois ci… Ce que je ne comprend pas c’est l’angélisme des francophones qui croient encore à une Belgique éternelle où qu’il ne veulent pas voir la réalité et le danger en face. Le président de la NVA avait un grand père qui à collaboré avec les allemands pendant la seconde guerre mondiale ! Il y a aussi le « Vlaams Belang » qui veut dire en français « Flandre d’abord » et qui encore moins fréquentable que la NVA. Une partie du parti démocrate chrétien « CD&V » sont indépendantiste mais le disent pas… Si tous ces gens arrivent aux parlement avec au minimum 45 sièges sur 88 ce sera la fin de la Belgique où alors les francophones seront relégués comme des citoyens de seconde zone…Avec une Belgique « coquille vide ». Il y a 6 mois la NVA à présenté « sa » septième réforme de l’état…Affaire à suivre dans les prochaines semaines et les prochains mois…

  4. cours d’ histoire fort interessant… (on voit également où se trouvent les intérêts). imaginons que vous arriviez à vos fins. je suis enseignante primaire. je deviens quoi, concrètement? j’ attends votre reponse avec grande impatience

  5. Il y plusieurs scénarios si la Belgique implose où que la Flandre devienne indépendante. Pour l’instant le RWF ne fait que 2 % des voix à chaque élections mais un sondage à révélé que 39 % des wallons sont prêt à rejoindre la France si la Belgique n’existe plus. Par contre à Bruxelles le mouvement rattachiste n’a aucune chance et les bruxellois préfèrerons un « district européen » à l’image de Washington DC !!! D’ailleurs il y a eu un sondage qui démontre qu’en cas d’indépendance de la Flandre, 68 % des bruxellois ne veulent pas se rattacher à la Wallonie pour devenir une Belgique sans la Flandre. Par contre 66 % des wallons sont pour ! Pourtant ces 2 régions sont francophones ! Je trouve cela ridicule ! Mais plusieurs économistes prédisent qu’une Wallonie indépendante (et surtout sans Bruxelles) n’est pas viable et les wallons perdraient 20 % de leurs pouvoirs d’achats et ce n’est pas moi qui le dit. La Wallonie fait déjà 40 % de son commerce avec la France… Pour moi il est évident que les hommes et les femmes politiques francophone feront tous pour s’accrocher au pouvoir par ce que c’est la Belgique qui les fait vivre, quittent à encore faire des concessions aux flamands. Je pense que le rattachement de la Wallonie à la France est la meilleure solution et les problèmes communautaires disparaitront et on pourra enfin se concentré sur d’autres problèmes qui sont plus important que des querelles linguistiques. La Wallonie deviendrai la 23 ème région de France métropolitaine et cinquième sur 23 en ce qui concerne le PIB (Ce qui n’est pas négligeable). La France s’agrandirait de 16.844 km² et de 3.562.000 habitants et gagnerais des voix au parlement européen et serait proche de celui de l’Allemagne dont ce pays à une natalité déclinante. Evidemment c’est de la politique fiction mais pourtant la politique, c’est prévoir…

  6. Bref merci de ne pas avoir répondu à une suedtion concrète et somme toute assez simple. Je voulais juste savoir ce qui adviendrait de mon statut, de mon emploi et vous me balancez un bla bla à mille lieues de ce que j’ attendais.

  7. Pour répondre à votre question, je pense que vous allez restez enseignante, c’est juste le programme scolaire français qui sera appliqué.

  8. Et donc vous ne répondez toujours pas. Notre statut, notre mode de fonctionnement ainsi que nos désignations ne fonctionnent pas de la même manière qu’ en France. Mais je vous apprends peut être quelque chose. Programmes et compagnie je m’ en moque… J’ ai déjà le nez dedans

  9. Peut être ai je poussé la réflexion trop loin. Mauvaise habitude d’ électeur. Je vois d’ abord mon intérêt

  10. Vous ne voyez pas? Je pense ( Sandrine me corrigera si je me trompe ) que mes collègues français peuvent être envoyés n’ importe où sur le territoire. Si nous passons sous le contrôle de l’ éducation nationale, comment cela sera-t-il organisé? Par qui serons-nous contrôlés? Qui va gérer nos désignations? Puis-je être déplacée? Ah, je signale aussi que le niveau d’ études n’ est pas le même

  11. Votre situation est bien meilleure que la mienne en tous cas. Moi, cela fait 28 mois que je suis au chômage et je n’ai rien a y gagner à rester dans cette Belgique flamandisé.

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