Un compagnon de longue date (A longtime companion) : un film bouleversant sur le sida

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A voir absolument Un compagnon de longue date, (A longtime companion)… Ou la chronique de l’apparition et de la montée de l’épidémie de sida au travers du prisme d’un petit groupe d’homosexuels amis, dont la vie va progressivement basculer, alors qu’ils découvrent dans un journal l’énigmatique « cancer rare qui touche uniquement des homosexuels aux Etats Unis »….

Adapté du roman de Craig Lucas et réalisé en 1989 par Norman René, Un compagnon de longue date est un drame psychologique sur le sida, sur l’homosexualité, mais pas seulement.

Avec justesse et pudeur, ce très beau film est une sorte de documentaire sur les grandes étapes de la découverte puis de la perception du sida entre 1981 et 1989 dans une communauté homosexuelle frappée de plein fouet et contrainte à de profondes remises en questions sur sa tentative de libération en cours depuis les années 70. Tout commence quand un petit article dans le New York Times en 1981 fait mention d’un mal étrange qui ne toucherait que des homosexuels hommes et qui serait visiblement incurrable … Tandis que certains restent indifférents ou perplexes ; pour d’autres, l’information constitue les prémisses de bouleversements beaucoup plus profonds … Dans un groupe d’amis « bien comme il faut » dont la vie sexuelle s’avère très éloignée des clichés habituels sur la sexualité hystérique des gays, peu à peu, les certitudes que ce mal ne peut pas les toucher vont s’écrouler… Quand l’un d’eux est admis en urgence à l’hopital, sans qu’ils se soient douté de quoique ce soit, deux de ses amis venus le soutenir en ignorant la gravité du mal, s’efforcent de croire qu’il n’a qu’une pneumonie et qu’il ne peut pas mourir… « Ca n’arrive qu’aux autres » (aux drogués, aux homosexuels coureurs, qui fréquentent les bains, …) pensaient-ils au début, quand chacun lisait le journal pour s’informer ou transmettre l’information à ses autres amis… Désormais, ils savent que cela peut aussi leur arriver ou les priver de leurs proches. Les médecins sont les premiers démunis face à ce mal qui s’avère dévastateur en très peu de temps. Alors, la peur grandit au point de devenir omniprésente, pour chacun à sa manière, selon sa psychologie… Les doutes apparaissent, et avec les doutes, l’angoisse d’être aussi atteint… Pourtant, ces jeunes hommes, tous blancs, issus d’une certaine « bourgeoisie » et classe moyenne américaine, pensaient s’assumer et essayaient de profiter de la récente libération de la communauté gay. Comment le sida remet en question sa perception de l’autre aussi bien que sa perception de soi?
Un compagnon de longue date est aussi une fiction simple et efficace sans pathos, qui échappe au piège des personnages archétypaux… et qui émeut plus encore, quand on découvre comment le sida, en tant que tragédie personnelle, devient un drame collectif. Servi par des acteurs au jeu sensible et intelligent, Un compagnon de longue date est un film dense, éprouvant par moment, toujours poignant, tant il est vrai dans son propos et sa façon d’aborder la problématique du sida pour les homosexuels. Contrairement à un autre téléfilm très réussi Un printemps de glace (Early frost), le film n’aborde pas les relations familiales et la difficulté de faire accepter parfois le sida par ses proches. Ce n’est pas l’exclusion, la solitude, l’absence ou la complexité des rapports familiaux, qui intéressent, mais au contraire la façon dont la maladie va resserrer des liens. Le film est aussi un hommage au courage de cette communauté gay, qui a su aussi s’engager dans la lutte, par la solidarité. Un compagnon de longue date est surtout un film sur l’amitié. Le sida n’est pas une maladie comme les autres … A travers le malheur qui se propage, les souffrances des corps qui dépérissent peu à peu, le virus du SIDA devient également un moteur pour avancer et accepter ce que l’on est… Bien sûr, huit ans après l’apparition des premiers cas du sida, le cercle d’amis a affronté plusieurs disparitions et rêve de cette période où une telle épidémie semblait inimaginable… Car le sida tue, mais révèle chacun à soi-même. Une belle leçon de vie.
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