Le couloir, une infirmière au pays du Sida : un témoignage bouleversant

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Dans le Couloir, une infirmière au pays du sida, Françoise Barrane livre son quotidien d’infirmière confrontée au terrible virus du sida… Quand elle arrive dans cet hôpital parisien, sans jamais avoir vu un malade du sida ni avoir appris sur cette maladie, elle n’imagine pas combien sa vie va se trouver transformée au fil des rencontres avec des malades, qui vont lui apporter beaucoup malgré leur mort inéluctable…

S’il est bien un livre qu’il faut lire absolument quand on souhaite découvrir à quel point le sida fut à la fois une tragédie personnelle et un drame collectif, c’est bien Le COULOIR, une infirmière au pays du sida… Voilà un poignant cri d’alarme et un journal bouleversant, qui est prenant d’un bout à l’autre même si ce livre date de 1994…1994, date à laquelle Françoise Barrane, l’auteur, décide de replonger dans ses carnets et ses notes pour restituer le souvenir de quatre années de travail au service des sidéens. Les malades en phase terminale ou qui découvrent leur maladie, des homosexuels encore frappés de plein fouet, des toxicomanes et de plus en plus des hétérosexuels, s’enchaînent dans l’un des rares hôpitaux, accueillant des malades du sida et des séropositifs entre la fin des années 80 et le début des années 90. Entre la solitude des pariahs, les familles qui excluent leurs enfants de la honte et les familles qui finiront par se souder autour du destin brisé d’un enfant malade, le Couloir voit défiler des hommes et des femmes de tous âges, de toutes orientations…ainsi que des infirmières que personne n’écoute ni entend et qui foulent de leurs pas ce couloir où tout ne semble qu’une répétition. Au bout du couloir un précipice?

Car Françoise finit par s’interroger sur sa mission de personnel soignant, alors que les internes et médecins confirmés considèrent à peine les infirmières et qu’une psychologue envoyée dans le service pour les aider à supporter leur travail ne semble rien comprendre de ce qui se joue dans ce couloir et dans ces chambres qui sentent la mort. La mission de Françoise commence à perdre son sens, peu à peu la lassitude succède à l’espoir d’un jour meilleur et la solitude grandit au fur et à mesure que l’une et l’autre des collègues craquent et préfèrent partir vers d’autres horizons moins pénibles… Rester cantonnées aux tâches les plus ingrates, colletées à la mort permanente, nul autre espoir pour les infirmières que de compter les morts sans même pouvoir pleurer ceux auxquels elles finissent par s’attacher comme s’ils constituaient leur propre famille… Tandis que les malades se savent condamnés, ils finissent paradoxalement par être les uniques porteurs d’espoir. Une lumière pour toutes ces femmes fragiles et condamnées à rester fortes et ne rien montrer de leur désarroi. Inversion des rôles. Françoise a donc choisi de renoncer, avant que le SIDA envahisse tellement son existence qu’elle ne puisse parler d’autre chose, penser à autre chose, et vivre sans une angoisse perpétuelle d’être contaminée à la faveur d’un geste maladroit, ou de subir les reproches de malades, qui savent que personne ne pourra rien pour eux…

Sous forme de journal, ce témoignage sur les années sida relate surtout le quotidien, les joies et les souffrances des malades toujours condamnés faute de traitements efficaces. Les malades sont au coeur des anecdotes, plus encore que les traitements (ou tentatives de traitment) de cette maladie si particulière. Leur entourage ou l’absence de proches pour les entourer jusqu’à leur dernier souffle, leur manière d’accepter ou de nier la maladie, tout est abordé avec justesse et pudeur.

Face à des infirmières désemparées pour qui le sida est une grande inconnue et ressemble à une arme de destruction massive, les malades tombent comme des mouches et ne sont plus seulement des homosexuels « atteints du « cancer gay » et punis par les châtiments divins »… Le couloir rend aussi hommage aux Oubliées du sida, les infirmières qui en oublient leurs vies tant elles se donnent pour apaiser leurs malades faute de pouvoir les sauver!

Tantôt cruel et désespérant, tantôt chargé d’espérance, Le Couloir est toujours d’actualité, 30 ans après l’apparition du sida…

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