Elections européennes: vague ou clapotis eurosceptique?

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La percée du Front national en France et de partis
antieuropéens dans plusieurs autres pays de l’Union ne doit cependant pas
tromper : il n’y a aucune chance que les eurosceptiques revendiqués, non
seulement deviennent majoritaires au Parlement, mais même simplement obtiennent
une majorité relative. Van Rompuy l’a d’ailleurs reconnu : « il y
aura toujours une majorité suffisante pour défendre la cause européenne, mais
dans des circonstances plus difficiles que par le passé ».
Une analyse
partagée par Élisabeth Guigou, présidente de la commission des affaires
étrangères de l’Assemblée nationale : « il n’y aura ni majorité
eurosceptique en France, ni majorité eurosceptique dans l’Union »
. Et pour
une raison simple : il ne s’agit pas d’une élection européenne, mais de 28
élections organisées dans le cadre national et chaque pays envoie à Bruxelles
un nombre de députés plus ou moins proportionnel à sa population.
Résultat : les partis nationalistes, présents par nature uniquement au
niveau national, sont automatiquement rabotés au profit des forces présentes
dans l’ensemble des pays et unies au niveau européen : conservateur (PPE
ou parti populaire européen), PSE (socialistes), libéraux, écologistes et
gauche de la gauche (ou radicale). En moyenne, les vrais anti-européens, ceux
qui rejettent l’idée même d’Europe unie (très souvent à droite de l’échiquier
politique), représentent une centaine d’eurodéputés sur 751.

Ainsi, les gros bataillons de députés sont fournis par l’Allemagne
(96), la France et le Royaume-Uni (74 chacun), l’Italie (73), l’Espagne (54) et
la Pologne (51). En Allemagne, sauf percée inattendue du parti anti-euro AfD,
il n’y a pas de parti populiste ou eurosceptique. Même chose en Espagne et ce,
en dépit de la crise. Au Royaume-Uni, en revanche, le UKIP, qui milite pour une
sortie de l’Union, devrait faire un bon score (au-delà de 20% des voix). En
Italie, le parti de Beppe Grillo, populiste et ouvertement eurosceptique, est
en perte de vitesse. En Pologne, le PiS (Droit et justice) est donné en tête,
mais il est plus proche des conservateurs britanniques de la vieille école que
de UKIP. Quant aux autres pays où fleurissent des partis eurosceptiques
(Hongrie, Finlande, Danemark, Pays-Bas, Grèce, Autriche), ils ont peu de
députés (entre 13 et 26), ce qui limite leur impact au niveau européen même en
cas de percée eurosceptique : par exemple, avec un quart des voix, le
Néerlandais Geert Wilders n’enverra à Strasbourg que 6 ou 7 députés…

En outre, le problème de cette typologie est qu’elle classe
dans un même ensemble populisme, extrême droite, gauche radicale, conservateurs
dont le degré d’euroscepticisme varie et, surtout, qui ont peu de chose en commun.
Entre le UKIP, parti franchement europhobe, mais démocratique, et le Jobbik
hongrois, tout aussi europhobe, mais fasciste, il y a un monde. Tout comme
entre les conservateurs britanniques ou le PiS polonais, eurosceptiques, et le
FN français. D’ailleurs, au sein du Parlement issu des élections de 2009, ces
eurosceptiques siègent dans 4 groupes politiques (dont les non inscrits où s’est
retrouvé le FN jugé infréquentable par tout le monde), ce qui les marginalise
totalement. Surtout au sein d’une Assemblée qui fonctionne sur le mode du
compromis entre les grandes forces politiques, scrutin à la proportionnelle
oblige. Bref, « même s’il y a des percées europhobes ici ou là, cela ne
modifiera pas en profondeur la cartographie du Parlement », juge un haut
fonctionnaire de cette institution.

Avec un bémol : « si dans plusieurs pays,
notamment en France, des partis europhobes arrivent en tête, cela créera un
électrochoc »
, juge Denis McShane, ancien ministre travailliste des
affaires européennes : « le symbole sera fort et risque de
profondément marquer la prochaine législature »
.

 

Photo: Reuters

N.B.: version longue de mon papier paru ce matin dans Libération

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Visitez le blog de Jean Quatremer : Coulisses de Bruxelles…


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