La Commune (Paris, 1871) de Peter Watkins

Film français de Peter Watkins, sorti en 2000. Le film a une durée de plus de 5 heures et a été divisé en deux parties.

Nous sommes en 1871, à Paris, dans le XIe arrondissement. Les troupes françaises viennent d’être battues par l’armée prussienne, et Napoléon III a été renversé et la république proclamée le 4 septembre 1870. Un gouvernement de défense nationale a été mis en place, dans le but de poursuivre la guerre alors que Paris était assiégé et que les Parisiens ont vécu des mois de misère dans la capitale.

Le 28 janvier 1871, Jules Favre, ministre des Affaires étrangères signe un armistice avec le chancelier allemand Bismarck. Aux élections du 8 février suivant, une grande majorité de monarchistes fait son entrée à l’assemblée, ayant fait campagne en promettant le retour à la paix et à l’ordre. Le fossé se creuse alors entre les Parisiens éprouvés par le siège et refusant la capitulation, et l’assemblée composée principalement de défenseurs de la paix. Le 17 mars 1871, sous les ordres du gouvernement d’Adolphe Thiers, des troupes sont envoyées aux Buttes Chaumont pour s’emparer des canons de la Garde nationale. Le peuple de Paris se sentant menacé, s’empare des canons, fraternise avec les troupes. Le gouvernement de Thiers devant l’échec de cette manœuvre, quitte Paris et se réfugie à Versailles. Dans les jours qui suivent, la Commune de Paris est proclamée, alors que le gouvernement réfugié à Versailles remobilise ses troupes.

Le film s’ouvre sur la nouvelle de la prise des canons, sur les fraternisations avec les troupes de Thiers et sur la prise des canons par le Peuple de Paris. Le spectateur suit ensuite l’instauration de la Commune et l’espoir qu’elle suscite, puis la réaction du gouvernement de Thiers, jusqu’à la Semaine sanglante lorsque les troupes de Versailles entrent dans Paris pour mâter insurrection.

Le parti-pris de Watkins est d’avoir choisi le prisme des mass médias pour raconter l’histoire de la Commune de Paris. Il souhaite à travers son film dénoncer les travers des médias et leur domination sur les masses. Deux journalistes, munis de caméras et de micros, sillonnent les rues du XIe arrondissement pour rendre compte des évènements de la Commune et de l’enthousiasme qu’elle engendre. Ils sont bientôt rejoints par un personnage fictif, qui va alors incarner à l’écran le Père Duchesne, journal proche des communards. Leur objectif est de contrer, de contre-balancer l’information versaillaise, personnifie par sa télévision, aux bottes du gouvernement de Thiers. Dans la seconde partie du film, seule la femme journaliste reste face caméra, les deux autres journalistes ont quitté les lieux, en désaccord avec ce que devient la Commune. Elle finit par disparaître elle aussi, et son partenaire à l’écran revient pour suivre les derniers jours de la Commune.

La construction du film est classique et suit le sempiternel modèle pyramidal : à la première partie, l’espoir et à la seconde, l’échec, la répression et la violence.

L’anachronisme est revendiqué par le cinéaste, qui a choisi le prisme des mass-médias pour relater cet évènement. Sauf que l’on se rend compte assez rapidement que ce parti pris n’éclaire pas la Commune. Et après la première partie, il devient évident que la Commune n’est pas/plus l’objet du film. De la même manière, l’histoire de la Commune n’éclaire pas la question des mass-médias, les deux évènements ne se répondent pas et du coup le film ne parvient à traiter ni l’un ni l’autre.

Car les réflexions sur les médias restent succinctes, au mieux il y a l’idée qu’ils sont soit du côté du pouvoir soit du côté du peuple, sans en chercher les causes. Quelques scènes dans la première partie montrent une tentative de réflexion sur le travail des médias, y compris ceux proche du peuple. On voit alors le travail des journalistes dans la rue, puis leur rendu à la télévision. Dans une scène que j’ai trouvé particulièrement intéressante, le peuple se regarde à la télévision, tel qu’il est présenté par ceux qui semble le défendre. Malheureusement le procédé disparaît et avec lui toute réflexion sur le journalisme (à moins de considérer que la seule scène de désaccord entre les deux journalistes sur l’instauration du Comité de Salut Public vaut en lui seul réflexion).

La question des mass-médias et celle de la Commune presque évacués du film, restent alors les propos sur l’engagement militant. Suivent donc plusieurs scènes dans lesquelles des hommes et des femmes posent le problème de cet engagement dans nos sociétés actuelles. Avec une attitude compréhensive à leur égard, on peut éventuellement y voir l’évocation des débats qui secouaient les communards en 1871. Mais par manque de clarté dans la réflexion, le film se fait écraser par les propos des comédiens, qui très vite parce qu’ils ont eux-même fait des recherches sur le personnage qu’ils interprètent (et probablement aussi parce que ce sont des non-professionnels) font le parallèle entre leur vécu et celui des communards, parallèle souvent limités dans leur réflexion et leur porté (nous aussi on souffre dans nos villes comme les communards). Des amalgames sont faits (on compare les Algériens présents dans les rangs des communards avec les sans-papiers), des questions superficielles sont posées aux acteurs (« et vous, vous y seriez allé sur les barricades pour défendre la Commune ? »), autant de procédés qui finissent par rendre tout le propos sur la Commune et sur les médias complètement superficiel. Seule parole intelligible dans ce flot de propos bienveillants, « On ne se révolte plus maintenant parce qu’on s’est fait bouffer par le confort ». Eh oui, les choses ont un peu changé depuis la Commune, les problèmes ne sont pas tout à fait les mêmes. Le télescopage chronologique qui aurait pu être une bonne idée vient tout écraser, tout mélanger, et n’éclaire ni l’évènement de la Commune ni notre époque en versant, au final, dans le cliché ou la platitude.

Le tout se poursuit dans un flot bruyant, d’une platitude extrême sur le temps présent et en quoi la Commune peut l’éclairer. On assiste alors à des professions de foi aussi spontanées qu’éphémères, aussi touchantes que vaines, et si peu pertinentes qu’elles sont du pain-béni à ceux qui fustigent ces « gauchistes » idéalistes et hystériques. Avec l’arrivée des troupes versaillaises le calme revient et il est intéressant de constater que si le film à travers le prisme de la télévision communard a montré avec complaisance la violence de la foule envers les traîtres (la scène de lynchage), il ne filme pas la violence des Versaillais. Dans les pelotons d’exécutions, les troupes tirent dans le vide, et les communards apparaissent enfin calmés, comme des enfants alignés contre un mur attendant leur punition. Que dire d’un tel procédé ?

Le film finit par verser dans les images les plus courantes sur les révolutions : le peuple braillard, le peuple violent, qui ne retrouve son calme qu’au prix d’une autorité forte. A force de laisser-aller, d’un propos mal maîtrisé, il ne reste de ce film que ces images (ce qui est intéressant quand on sait que le parti-pris du film était de dénoncer le rôle des médias alors qu’il en fait finalement le jeu). Le fond est écrasé par la forme visuelle (le monoforme, sorte de contre Dogme95) qui, si elle semble intéressante et innovante au début, rencontre rapidement ses limites en ne laissant à l’esprit que ces visages convulsés par la colère, par le désespoir, par le désir de violence. De même la focale choisie au début de s’intéresser à une cour du XIe et à ses habitants ne convainc tant le film ne parvient pas à respecter son propre argument tout en cherchant à le faire, ce qui, au final, nuit à son propos, ne permettant ni de comprendre réellement ces communards ni l’évènement dans son ensemble.

De fait, ce film est un superbe film raté. On aurait aimé l’aimer, on a été très déçus.