Marie Volta, Petits et grands cadeaux arrivés pieds nus ; découvrir les petits riens de l’existence

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Marie Volta ne s’appelle pas Volta, elle a voulu écrire un livre mais ce n’est pas vraiment un livre : c’est une seule phrase étirée en 17 chapitres bis (l’âge de son aîné adolescent ?) sur 80 pages. Plus une préface qui rompt le style choisi, sous forme d’une lettre à Françoise Héritier, anthropologue reconnue et digne féministe, mais qui n’appartient pas à la .

Ecrire est un besoin, un plaisir et une psychothérapie. Chaque grain du « sel de la vie » en est l’objet. marie-volta-petits-et-grands-cadeaux-arrives-pieds-nusDans cette phrase unique ponctuée de virgules, se juxtaposent de petits riens. Ils sont synthétiques et immédiats, sans passé ni avenir – ils passent. Une seule phrase obsédée d’écrire s’étale et roule ses anneaux comme un serpent sorti du ventre. C’est une litanie dont le répétitif produit un effet hypnotique. On peut appeler ce style « poétique » ; il s’accorde plus à l’éphémère des chansons ou des courts poèmes. De là à en vouloir un livre… Car ce qui est original sur deux pages finit par peser sur 80.

Marie avoue 14 ans à la mort de Brassens, décédé en 1981. Elle connait par cœur ses chansons et a même créé en 2006 un festival Brassens qu’elle arrêtera sans explication en 2013. Née en 1967, l’auteur est de cette génération post-68, ado sous Mitterrand, dont l’hédonisme, le progressisme et le multiculturalisme sont quasi génétiques, « mainstream » dit-on désormais. Sa façon d’écrire, souvent exubérante, ne manque pas de tics d’époque (« c’était la série…»).

Femme et mère, probablement prof, elle aime la vie et les petits riens, mais sans aller plus loin. En reste un goût de poème, mais pas de longueur en bouche. Butine-t-elle comme une abeille en vue du miel ? Ou bien zappe-t-elle comme une ado qui sautille d’un événement à l’autre ? Chacun l’estimera. Je suis pour ma part partagé, l’œuvre restant inaboutie, le pollen récolté mais le miel encore entre les pattes de l’abeille qui ne sait pas se poser.

D’où l’obsession du chiffre, revenant ci ou là comme une scie : « calculer qu’avec deux pages par jour on atteindrait les soixante-dix-sept livres de trois cents pages le jour de ses quatre-vingt-cinq ans… » p.24. En quoi une quantité fait-elle jamais une qualité ? L’auteur ne se disperse-t-elle pas trop ? Elle aime vite passer à autre chose, comme en témoigne ses dix livres et sept CD publiés et sa collaboration à deux revues. Marie Volta semble plus à l’aise dans le court, l’impression, l’instant. Son seul roman référencé par les libraires porte sur les souvenirs de deux sœurs séparées par la frontière en raison de la guerre d’Espagne – toute une série de symboles – : La nuit du Poissonnier. Peut-être est-ce là qu’est le miel dont ces petits et grands cadeaux de la vie au quotidien nous allèche ?

Car ces riens comme des cadeaux de l’existence, « arrivés pieds nus », ce qui est sensuellement dit, sont à savourer avec précaution et sans modération : « …recevoir au milieu du bush australien un texto de son fils de seize ans et demi qui donne une petite soirée à dix-sept mille kilomètres de là : ‘Il est où le calva ?’, garder ce texto pour toujours, prendre quelqu’un qu’on aime dans ses bras, savoir qu’une… » p.40. Nous aimerions un peu moins de précipitation, moins d’événement qui chasse l’autre ; un peu de lenteur pour la saveur, un brin de développement et de pause. Ce livre est-il un apéritif avant les plats de résistance où l’auteur pourra développer tout son talent ?

Marie Volta, Petits et grands cadeaux arrivés pieds nus, 2016, édition La petite marguerite : 10 avenue de Joinville 94340 Joinville-le-Pont, 99 pages, €7.00

Attachée de presse Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 balustradecommunication@yahoo.com

 


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Explorateur des pays, des questions et des humains, épris de liberté et d’anti-privilèges, amoureux des êtres et des chats. Découvrir le blog : Explorer le monde et les Idées

3 commentaires

  1. Bonjour,
    À quoi ça rime de commencer cet article par une assertion qui remet en cause jusqu’au nom de l’auteur ! Tout est faux chez moi, quoi, c’est ça que ça veut dire ? J’admets qu’on n’aime pas une oeuvre, mais il y a des limites dans la méchanceté (oui, j’emploie ce mot à mon tour et ce n’est pas une insulte) et Argoul les a dès cette première phrase largement dépassées.
    Il est vrai que quand on se dit « ‘lecteur amateur » et non critique littéraire, on peut s’asseoir sur la déontologie.
    Marie Volta

  2. Un auteur peut aussi s’asseoir sur les critiques; Cela lui évite de progresser. Je semble CURIEUSEMENT le seul à m’intéresser aux oeuvres littéraires (injustement méconnues) de l’auteur. Est-ce un signe ?

  3. Non, Argoul, vous n’êtes pas le seul, cherchez mieux, dans la presse écrite aussi et sur les ondes – bien sûr, vous ne serez pas submergé de critiques, j’en conviens. Mais jusqu’à présent, même parmi celles et ceux qui n’ont pas forcément tout apprécié et qui ont su le dire (et que j’ai su entendre), personne n’a cherché à s’appuyer sur des données personnelles hâtivement recueillies sur internet pour justifier ses propos. Que vous ne soyez pas « critique littéraire », je ne me serais pas permis de l’écrire si vous ne me l’aviez vous-même, et publiquement, notifié. Je note cependant que vous attendez de me voir progresser et que vous l’avez plusieurs fois exprimé – c’est déjà ça !

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