Michel Sapin: « il n’y a plus beaucoup d’excuses pour que la croissance ne redémarre pas »

Les excuses avancées depuis quelques années pour expliquer les piètres performances économiques françaises ont disparu : l’euro n’est plus trop fort, la politique monétaire est plus qu’accommodante, le prix du pétrole s’est effondré, le carcan budgétaire s’est desserré. La France a-t-elle encore une excuse pour ne pas renouer avec la croissance ?

On pourrait ajouter à votre liste des excuses externes, une excuse interne : le poids dit des charges et des impôts sur les entreprises. Ceux-ci s’allégeant, il n’y a plus beaucoup « d’excuses » à faire valoir. Il y a aujourd’hui plein de bonnes raisons pour que l’activité économique redémarre. Il faut y aller ! Je considère d’ailleurs que les prévisions de croissance du gouvernement sont confortées : 1 % pour 2015, 1,6 % pour 2016, après trois années de suite autour de 0,3 %.

Arnaud Montebourg, lorsqu’il était ministre, avait dit que si l’euro baissait de 10 %, cela créerait 150.000 emplois en France. On en est à 18 %…

C’est le paradoxe du départ de Montebourg : tout ce dont il a rêvé, nous l’avons fait… En politique, il ne suffit pas de demander ou d’exiger, il faut agir. Et là, nous avons fait, y compris au niveau européen. Cela étant, je ne crois pas à une relation mathématique entre la baisse de l’euro et l’emploi, car le facteur confiance est primordial. La France doit reprendre confiance.

Les attentats terroristes de Paris ne risquent-ils pas de miner la reprise ?

La manière dont la France a réagi à ces évènements est, au contraire, une bonne raison d’avoir confiance. J’ai déjà constaté que le regard du monde sur la France avait changé. Les étrangers, en Europe et ailleurs, ont été impressionné par la réaction forte de la France, capable de réagir non par la peur, non par je ne sais trop quel débordement sécuritaire, mais en se dressant, en disant non. Ils voient là des ressorts profonds à l’œuvre qui les incite à l’optimisme. Dans ce contexte, ils perçoivent enfin les réformes qui étaient noyées auparavant dans le « french baching ». Cela peut jouer en interne. Nous sommes en capacité de rebond, car objectivement des choses ont changé en France et, subjectivement, notre image internationale a changé.

La taxe sur les transactions financières tourne à la mauvaise farce. Même la coopération renforcée entre onze pays a échoué.

Tout le monde est pour la TTF en façade, mais beaucoup agissent discrètement pour qu’elle ne voie pas le jour ou qu’elle n’ait pas de conséquences chez lui. Autant dire qu’il ne resterait pas grand-chose d’une TTF qui n’aurait de conséquences que chez le voisin. Après avoir épuisé dans tous les sens du terme la procédure dans laquelle nous étions engagées, l’Autriche et la France ont proposé de repartir sur de bonnes bases. L’idée est d’adopter un cadre juridique qui permettra aux coopérations renforcées de fonctionner.

Pour l’instant, elles sont prévues dans les traités européens, mais aucune procédure de fonctionnement n’existe. Il nous faut une présidence, un secrétariat et un groupe technique stables. Nous devons aussi préciser le rôle de la Commission et le lien entre les coopérations renforcées et les Vingt-huit. C’est cette absence de cadre qui explique que les discussions sur la TTF ont tourné en rond. Le sujet TTF est trop sérieux pour être traité comme il a été traité jusqu’à présent. Il faut que cette taxe ait la base la plus large possible, quitte à ce que le taux soit inférieur à celui qui a été proposé par la Commission (0,01% pour les dérivés, 0,1% pour les actions).