Ouvrir les consciences…

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Cette phrase me laisse quelque peu dubitative et, je le dis tout net, assez hilare. Ouvrir les consciences… comme si l’on savait ce qu’était cette chose si convoitée : « la conscience ». Les curetons de toutes les chapelles, abimés en cette cubénitude[1], qu’ils distillent auprès de leurs ouailles avec le même zèle qu’ils l’adoptent, nous font de la conscience l’alpha et l’oméga de la gauche moraliste ou, souvent dans les mêmes rhèmes, de la droite hygiéniste. Ce mot est polysémique, il parle autant de l’état d’éveil que de cette espèce de zone de masturbation non formelle où nous sommes sensés, tels des mécréants à la pesée des âmes, trier le bon grain de la gentillesse de l’ivraie méchante. Nous voilà devenus moissonneurs de nos épis, qu’ils poussent en satisfaction ou en culpabilité. Et pire ! Nous voilà investis d’aller trier chez les autres.

Ouvrons donc les consciences ! Oui, mais à quoi ? A gober tous les feux d’artifices des paradigmes perraldiens[2] qui n’ont d’autre intérêt que de glorifier le pyrotechnicien. Et peu importe si des flammèches brûlent le public ? À ce que l’on croit et que l’on veut donc incontestable ?

L’implicite de cette mission est aussi que ceux qui veulent éclairer des cerveaux compris comme obtus se pensent, forcément, comme détenant LA vérité. Logique. Qu’il y a donc une digue infranchissable, malgré les grandes marées, qui sépare les bons intelligents des mauvais imbéciles.

On peut, on doit, discuter des avis qui nous semblent incompréhensibles ou inadaptés. Mais on ne doit pas oublier que nos propres avis n’ont de valeur que dans un monde égocentré. Que nous nous accoquinons selon des affinités culturelles, électives, sociales et que, faisant meute, nous réduisons en charpie tout intrus qui viendrait bousculer nos certitudes. Mais non, je suis médisante, nous ne le réduisons pas en charpie : nous lui ouvrons la conscience, geste ô combien empathique et charitable.

Alors oui, quand émerge une idéologie qui contrevient aux valeurs partagées par l’humanité dans son ensemble, qui font socle, oui, il faut la combattre : en discutant, en argumentant, etc… On peut même se laisser prendre à la véhémente ardeur de duels oraux. Mais adopter ostensiblement ou plus subtilement la position de celui qui ouvre la conscience de l’autre, c’est à coup sûr le dévaloriser, le conduire à se fermer et à se crisper sur ses propres croyances.

Moi, cette phrase m’évoque un aréopage d’intellos suffisants, buvant le thé de concert, armés d’ouvre-boîtes de dernière génération, décalottant des crânes marqués du sceau de l’infamie, afin d’aller poudrer de conscience des cervelles abêties. Quelle arrogance !

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[1] Cubénitude : Sorte d’absence de réflexion qui permet à un individu, ou à un yéti, de se dédouaner de toute tentative d’intelligence. En générale, cette affectation apparaît en périodes de crise durant lesquelles le commun ne sait plus à quel saint se vouer, et se voue, du coup, à toute idée qui s’affirme un peu plus bruyamment que les autres. Virtoc Hugoret, ayant assisté en son temps à des cubénitudes de toutes obédiences, a écrit ces sublimes vers, dans Notre Lame de Rami…

« Ô Solitude d’un temps confit d’hébétude

Même la cistude chute en cubénitude ! »

[2] Pérraldien (ne): d’Antoine Perraud, journaliste dont l’attitude infecte lui vaut de nombreux détracteurs, même quand ce qu’il écrit pourrait être intéressant… tant il jouit de noyer le début du commencement de l’amorce de la tentative d’une infime contestation, dans une mer de matières dont les mots témoignent du fécal.

Conscience


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Délires et chuchotements… : Ecrits et cris >> Un peu de fantaisie dans un monde fou…
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