Sagan et fils

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Sagan et fils – Denis Westhoff

Stock (2012)

Extrait page 11

Les temps sont durs depuis que Sagan n’est plus là pour faire des bêtises. La légende Sagan n’a plus la vie facile. D’une certaine manière, et un peu par la force des choses, aujourd’hui c’est moi qui l’ai récupérée, (recueillie). Je ne peux pas dire qu’elle ne soit pas agaçante, avec sa manie de répéter tout le temps les mêmes histoires, mais au fond elle est plutôt gaie et assez confortable. Gaie parce qu’il est vrai, disait ma mère, que « boîtes de nuit, whisky et Ferrari valent mieux que cuisine, tricot et économies », et confortable parce que les gens ont tendance à s’y conformer. Cette légende me fait penser à une colocataire bavarde, un peu encombrante, mais toujours de bonne humeur, à qui vous confiez vos visiteurs les plus barbants, ceux dont vous ne parvenez plus, en fin de soirée, à vous dépêtrer. Mais le principal attrait de cette légende – et ce qui la caractérise très particulièrement par rapport à ma mère – est qu’elle a un tas, je dirais une multitude d’histoires à raconter. Je crois qu’il existe peu de personnalités – de « pipaule » comme j’ai vu un jour écrit dans la presse – dont la légende soit aussi riche, aussi variée, et dont la vitalité et la longévité soient telles. Au faîte de la gloire de ma mère, au cours des mois puis des années qui ont suivi Bonjour tristesse, la légende avait pris une telle ampleur qu’elle avait pratiquement phagocyté son nom et le fait qu’elle fût écrivain. Sagan n’était plus qu’une légende. On pourrait presque dire qu’une légende était Sagan.

Dans l’introduction d’où provient cet extrait, Denis Westhoff, le fils unique de Françoise Sagan, explique comment il a été amené à écrire ce livre sur sa mère. Il souhaitait rétablir une certaine vérité, car il avait été choqué de certains propos qu’il avait pu lire dans les biographies consacrées à Sagan. Il voulait montrer que sa mère ne se limitait au personnage que la légende avait créé, qu’elle était un écrivain, une femme, une mère, une amie. Ce sont toutes ces facettes qu’il présente dans ce livre, écrit avec le cœur, tout en ayant conscience qu’il n’a connu de sa mère que la moitié de sa vie à elle et que son récit est donc forcément partial.

Un livre sincère, émouvant, qui présente Sagan sous un jour inhabituel mais ça fait du bien de la voir autrement que comme une fêtarde, qu’elle a bien sûr été à certaines périodes de sa vie, une consommatrice de substances illicites – aucun doute à ce sujet non plus. Un livre qui confirme l’élégance en toutes occasions de cette femme, son humilité par rapport à son œuvre, sa fidélité en amitié. Un livre qui me donne envie de découvrir les œuvres de maturité de Sagan, moi qui me suis jusqu’à présent limitée à ses premiers romans. Il y a bien longtemps que je ne l’ai plus lue…

D’autres avis sur Babelio et la critique de Télérama,

Blog littéraire de Nanou : la rue de siam

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