Actionnaires publics et Actionnaires privés: le mariage de la carpe et du lapin?

J’ai eu l’occasion de vous faire part il y a deux jours des difficultés que risquaient d’entrainer les actions à droit de votes multiples et la responsabilité que prenait notre gouvernement de lancer un tel débat public.

La loi Florange, qui n’a jamais servi à rien puisque arrivée après la bataille entre les pouvoirs publics et ArcelorMittal, comprenait pourtant ce que l’on peut appeler une pilule empoisonnée de par son article 2 qui mettait en place automatiquement les droits de votes doubles pour tout actionnaire ayant conservé ses titres deux ans, à moins que l’Assemblée générale, à une majorité des deux tiers des votants, n’en décide autrement. L’article en question ,n’avait intéressé personne dans la mesure où Florange était une affaire morte et enterrée aux yeux des observateurs.

Et puis subitement, branle bas de combat dans le landerneau de la place de Paris avec l’annonce que l’Etat et son Ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, avait  racheté en douce à la Deutsche Bank 4, 73 pct du capital de Renault ce qui allait porter sa part du capital de 15,01 à 19,7 pct dans un premier temps avant que par la grace de l’article « droit doubles » de la Loi Florange il ne passe immédiatement à 30,02 après l’Assemblée Générale puis 39,48 pct quand, dans deux ans, les 4 73 pct rachetés à la Deustche Bank auraient doublé de droit de votes. Les actions de Nissan qui détient 15 pct des actions étant considérés comme sans droit du fait de l’appartenance de Nissan à Renault, l‘Etat atteindra la majorité des droits de votes dans deux ans ce qui risque de mettre en peril l’équilibre fragile que Carlos Ghosn avait réussi à mettre en place entre les actionnaires de Renault et ceux de Nissan…Le tout pour un prix très réduit de 1,23 milliards d’euros.

Ignorant ce rachat, Carlos Ghosn avait mis au vôte de l’Assemblée Générale du 30 avril une résolution repoussant les droits de votes doubles.Avec cet achat d’action Renault , il deviendra impossible à Carlos Ghosn de faire repousser la mise en place des droits de vôtes doubles. C’est dire comme il doit se considérer comme trahi par son actionnaire étatique! Après tout me direz vous, c’est la vie normale des sociétés dont la capital et donc le pouvoir varie au gré des mouvements de ce capital.Oui, mais, dans la vie normale des sociétés, les blocs d’actionnaires peuvent avoir des idées différentes sur la manière de la gérer mais avec un même but, celui de la faire croitre le plus possible avec un objectif de valorisation maximale.

Alors que avec des actionnaires aussi différents dans leur philosophie de gestion  qu’un état et des actionnaires privés, on peut arriver à avoir des opinions opposées sur sa gestion.Imaginez qu’au moment de difficultés de Florange, l’Etat ait eu une « majorité de votes doubles » face à ArcélorMittal et la décision aurait basculé en faveur des hauts fourneaux et au détriment de l’investissement dans les aciers spéciaux dont on voit bien aujourd’hui que c’était LA bonne décision.

Le défaut résultant de ces votes doubles, dans le cas où l’Etat est au capital d’une société, est que c’est un mariage de la carpe et du lapin entre un actionnaire dont les décisions seront guidées par des considérations de développement de la société et d’adaptation aux circonstances des marchés et l’autre qui sera motivé par le maintien des effectifs et des installations industrielles au détriment de la santé de la société comme cela aurait été le cas à Florange..