August: Osage County de John Wells

Une plongée dramatique dans les histoires plus ou moins scabreuses de la famille Weston. La mère (Meryl Streep), tout d’abord, atteinte d’un cancer et qui se consume petit à petit aidée en cela par ses pilules et par l’alcool. Le père (Sam Shepard), un écrivain célèbre, qui subit la violence de sa femme depuis si longtemps et qui décide un beau jour d’en finir.

Leur trois filles (Julia Roberts, Juliette Lewis), qui chacune à leur façon, tentent de se dégager de ce poids familial pour se construire autrement… mais qui irrémédiablement, comme prises par un trou noir, sont ramenées vers leur statut d’enfant.

L’histoire commence ainsi au moment où le père quitte le domicile familial pour une balade en bateau dont il ne reviendra pas. A l’occasion de son enterrement, toute la famille se réunit : les enfants, les tantes, les cousins. Et le grand déballage peut s’engager.

Adaptation d’une pièce de théâtre écrite par Tracy Letts, qu’il a lui-même monté sur scène à Broadway notamment. Cette pièce de théâtre a obtenu le prix Pulitzer de l’œuvre théâtrale en 2008. Le film est signé John Wells, mais Tracy Letts participe à l’écriture du scénario du film. Nous sommes donc typiquement dans le cas de la transposition d’une pièce de théâtre par son auteur au cinéma, en misant sur le fait que ce sera un « film à acteurs », transposition qui pose souvent de nombreux problèmes notamment parce que le médium n’étant pas le même, l’écart entre l’attendu écrit, l’attendu joué et l’attendu filmé est encore plus grand.

Ce film est la manifestation parfaite d’un rendez-vous manqué. On perçoit derrière la mise en scène ce que fut la pièce de théâtre, mais ne nous est restituée à l’écran qu’une vague combinaison d’êtres gesticulants et hurlants. On sent bien que ce qui nous est dit de leur psychologie, de leur motivation est plus succinct qu’il le faudrait et que cette économie de paroles qui peut passer à l’écrit ou sur scène pose problème au cinéma, notamment quand le directeur cherche à les éviter. Le film a la vitesse d’un train à très grande vitesse, laissant le spectateur un peu confus au générique final, comme si nous avions été emportés par un évènement sans en avoir compris les enjeux. Il est fort probablement que la pièce écrite (et celle jouée) devait davantage s’accommoder des silences, des non-dits, des sous-entendus. En même temps, je ne l’ai ni lu ni vu, donc tout cela n’est que pure spéculation.

Reste une scène finale qui m’a fait un peu aimer ce film. Quand le personnage joué par Julia Roberts décide de quitter la demeure familial pour partir en voiture et qu’elle s’arrête sur le bord de la route, hésitant entre continuer ou revenir. Scène silencieuse mais scène juste pour décrire le dilemme d’une séparation, quand il est à la fois, et presque autant, douloureux de partir que de rester. Belle scène, dans un film qui aurait du prendre le temps, en montrer moins mais en dire plus sur le passif des personnages.