Belgique: un gouvernement à fond la Flandre

Même s’ils ont remporté haut la main les élections législatives de juin dernier en Flandre avec 33 % des voix, ils ne représentent que 20 % des voix belges. Néanmoins, ils font main basse sur les ministères des finances (Johan Van Overveldt), de l’intérieur (Jan Jambon, à gauche sur la photo avec Charles Michel), de la défense et de la fonction publique (Steven Vandeput), de l’asile et de l’immigration (Theo Francken), de la lutte contre la fraude fiscale (Elke Sleurs) et de la présidence de la Chambre des députés (Siegfried Bracke). Les plus fidèles alliés de la N-VA, le CD&V, largement gagné aux thèses nationalistes, obtiennent la justice (Koen Geens), l’économie et l’emploi (Kris Peeters), le commerce extérieur (Pieter De Crem) et, bien sur, le poste de commissaire européen à l’emploi (Marianne Thyssen).

Bref, mis à part les affaires étrangères, qui restent entre les mains de Didier Reynders, « toutes les compétences régaliennes sont aux mains des partis flamands », note le quotidien Le Soir, dans son édition de samedi. Le journal souligne en particulier que la « tradition de ne jamais donner la justice et l’intérieur au même camp linguistique » a été abandonnée. De même, les affaires sociales échappent totalement aux francophones qui n’auront que le maroquin du budget pour peser sur les choix socio-économiques du gouvernement… C’est peu, très peu. Cette domination des nationalistes flamands risque aussi de se traduire par une marginalisation rapide des francophones au sein de l’appareil d’Etat. Déjà, on note une sureprésentation des Néerlandophones (supposés être seuls bon bilingues ce qui est loin d’être le cas) dans les postes d’encadrement de la fonction publique (l’armée en particulier), une dérive qui ne peut que s’accentuer sous la houlette de la N-VA.

Pour ne rien arranger, le parti de Bart De Wever (qui a choisi de rester dans sa mairie d’Anvers conquise de haute lutte sur les socialistes) a envoyé au fédéral des personnalités ultra-nationalistes. « Pour la première fois, il y aura dans un gouvernement belge un parti qui compte dans ses rangs des nostalgiques de ce qu’était la Vlaams Nationaal Verbond (VNV, parti collaborationniste flamand pendant l’occupation nazi, NDLR) », a ainsi dénoncé Olivier Maingain, le président du FDF, un parti francophone de centre-droit. Il vise en particulier le numéro 2 de la N-VA, Jan Jambon, vice-premier ministre et ministre de l’intérieur qui, selon le quotidien La Libre Belgique, aurait pris la parole en 2001 lors du jubilé de la Sint-Maartensfonds devant des nostalgiques du IIIème Reich et est toujours actif au sein du Vlaamse Volksbeweging (VVB), une association ultranationaliste qui participe à des commémorations avec d’ancien collaborateurs du régime nazi… Et on a appris aujourd’hui que ce week-end, le secrétaire d’Etat chargé de l’Asile et de l’Immigration, Theo Francken, lui aussi membre de la N-VA a assisté à l’anniversaire d’un ancien collaborateur flamand des nazis, Bob Maes, membre de Ligue nationale flamande (VNV), qui, à la fin de la guerre, a été placé en détention provisoire durant un an puis privé de ses droits civiques durant 20 ans. Pis: un autre responsable de la N-VA, le ministre des Transports de  Flandre, Ben Weyts, était également présent à cette charmante fête entre nostalgique du IIIème Reich.

Dans un autre registre, Johan Van Overtveldt, actuel ministre des finances, a publié en 2011, comme le rappelle le quotidien des affaires l’Echo, alors qu’il dirigeait la rédaction de l’hebdomadaire économique flamand Trends, un livre intitulé « la fin de l’euro » dans lequel il prédisait la disparition à court terme de la monnaie unique. Même si celui-ci refuse l’étiquette d’eurosceptique, préférant celle « d’euroréaliste »,  cet ancien député européen a siégé, comme l’a décidé en juin dernier la N-VA, au sein du groupe politique fondé par les conservateurs britanniques, l’ECR, aux côtés des Polonais de « Droit et Justice » (PiS) dirigé par Jaroslaw Kaczynski et des Allemands de Alternativ für Deutschland qui ne sont pas précisément des amis de l’intégration communautaire. Vu le poids des eurosceptiques et des ultranationalistes de la N-VA au sein du nouveau gouvernement, il y a de fortes chances que la Belgique quitte le camp des bons élèves européens qu’elle a été jusque-là. Un souci de plus pour l’Union européenne dont la capitale est…Bruxelles.

Photo: Reuters

N.B.: version longue de mon article paru lundi dans Libération et mis à jour aujourd’hui