Brétigny: La SNCF juge et partie?

Je vous avais signalé à l’occasion de la cérémonie qui a marqué l’anniversaire de la catastrophe de Bretigny,le 12 juillet 2015, l’absence au bout de deux ans de conclusions sur les causes de la catastrophe et sur l’identification de responsables éventuels de cette catastrophe qui a quand même fait 7 morts et 70 blessés et affecté gravement la réputation de la SNCF.Une absence d’avancement de cette enquète dont je m’étais permis de m’étonner dans un article du 13 juillet

J’avais été surpris que participe à cette cérémonie notre Ministre de la Justice, Christiane Taubira, pour y annoncer que, ça y était, elle venait de nommer le responsable judiciaire qui, semble t il, manquait pour faire avancer le dossier.Il a été crée en effet, au sein de l’administration judiciaire, un pôle accident collectifs, mais pour lequel aucun magistrat n’avait été nommé.

Or je lis dans la presse que les juges d’instruction qui avaient été désigné à l’époque pour instruire le dossier, venaient de demander à être dessaisis du dossier auprès du procureur du parquet général de Paris, Eric Lallement, lequel a refusé ce dessaisissement au motif que cela retarderait de 6 mois la progression de l’affaire. « Lorsque nous arriverons à la recherche de responsabilités, a t il déclaré,il faudra que davantage de magistrats se concentrent sur le dossier pendant plusieurs mois.Evry comptant 7 magistrats instructeurs cela devrait être possible ».

En d’autres termes, l’enquète n’a pas progressé beaucoup dans la recherche de responsabilités. J’avais cru, moi, naïvement, qu’on aurait pu au moins vérifier si les inspections visuelles qui auraient du détecter une anomalie aussi grave que l’absence de boulons sur des éclisses, avaient bien été effectuéees Visiblement ça nécessitait plus de temps d’enquète que je n’avais pensé.

Or le même article fait êtat de ce que la raison de la demande de dessaississement des 3 juges de leur instruction pour « homicide involontaire et blessures involontaires » venait de ce que les débuts de l’enquète avaient été menés, curieusement à leur gré, avec une « enquète de flagrance » de douze jours qui avait retardé l’ouverture de l’information judiciaire et permis que certains  élements importants de l’enquète n’aient pas été proprement sécurisés. Le procureur, durant cette enquète de flagrance avait nommé un expert automobile pour enquèter sur le déraillement et avait expliqué que les meilleurs experts sur ce type de sujet était ceux de la SNCF elle même!

Par la suite les juges se seraient plaint de s’être vu refuser l’élargissement de leurs investigations par le procureur et de n’avoir pu obtenir la création d’une cellule d’investigation qui puisse se consacrer exclusivement à cette enquète qui, d’après eux, devait, je suppose, le mériter. Cette guéguerre entre juges d’instruction et procureur a finalement conduit les juges à demander leur dessaisissement qui leur a été refusé.

La surprise qui était la mienne dans mon commentaire du 13 juillet de constater que deux ans après l’accident, on attendait toujours un début de conclusions des enquètes qui avaient été déclenchées à l’époque,n’est donc pas étonnante. Il ne semble pas en effet que l’instruction ait pu se dérouler normalement  et le procureur annonce que nous n’en sommes pas encore à la recherche de responsabilité. Quant à la considération que les experts de la SNCF sont les mieux placés pour étudier le déraillement elle laisse rêveur….

D’où sans doute la présence de Madame Taubira, pour annoncer aux familles des victimes qu’on allait voir ce que l‘on allait voir.A suivre…à petite vitesse