De l’écrasement…

Je vais travailler, dans le cadre de mon master 2 (Français Langue Étrangère), sur un projet sociolinguistique qui se propose de regarder les commentaires de l’information sur Facebook… Et, pour construire ce qu’on appelle un corpus, c’est-à-dire le recueil de la matière d’analyse, en l’occurrence des commentaires abandonnés par des internautes, je baguenaude sur les sites des médias et leurs murs…

« Baguenaude »… « Belle des champs », association d’idées.

Et, du coup, je commente moins, j’observe plus.

Ce qui m’interpelle, dans l’immédiat, c’est l’écrasement des contenus. Je veux dire par là que tout est présenté au même niveau d’importance. Se mélangent allègrement…

…Les suivis des matchs du Mondial de Foot…

…L’échec du FN à constituer un groupe parlementaire et européen…

…La liste (noire !) des élus qui occupent un logement social…

…Les incidents (parfois graves) post-matchs des Fennecs…

…Les petits génies du dessin d’art…

…Ruquier ex-fan de Bouvard…

…Les évènements dramatiques qui se déroulent en Irak (et qui ont remplacé le récit de ceux qui se déroulent en Syrie)…

…Les robes en steak, ruban adhésif ou peau de zébu…

…L’annonce de toutes les réformes qui ne seront jamais ni votées, ni appliquées, mais qui font discutailler…

On dirait des pommes de terre écrasées, toutes ces informations mises au même niveau, sans que la moindre hiérarchie soit apparente. Du coup, c’est au lecteur d’établir un indice de gravité, d’intérêt ou d’importance.

Bref, une purée d’informations croupit au fond de nos assiettes, une mousseline avec des bouts dégoûtants qui émergent en surface. Ça ne donne pas envie de tremper la cuillère !

Et ça pose le problème de la formation de la connaissance, de la possibilité de mettre en perspectives les points de vue, les faits, les analyses. Quand je lis certains commentaires, je suis perplexe sur les liens tricotés par certains, sur les conclusions qu’ils en tirent et sur ce qu’ils en feront : vote, comportement citoyen, respect des lois, etc… Oui, perplexe.

Le quintal de patate est livré brut, balancé en vrac, sans même une recette ou une astuce pour éplucher. Oui, perplexe.

Enfin, est apparu le troll, ce personnage dont le seul objectif est d’empêcher toute forme de discussion. Et Xavier de la Porte, dans un article de presse intitulé « Comment faire politique avec les trolls ? » le définit de la manière suivante : « Un troll, c’est un personnage qui existe dans les réseaux depuis que les réseaux existent, avant le Web, quand Internet consistait principalement en des forums et des listes de discussions. Depuis cette époque, mais ça continue aujourd’hui dans les fils de commentaires par exemple, certaines personnes interviennent, en général sous pseudonyme, dans un seul but : pourrir les discussions. ». Hein ? Le troll ? J’ai de quoi écrire et repérer ? D’ailleurs, je vais en faire un personnage central de ma recherche. Ben voui… Comme dans un film de cow-boy, le valeureux justicier ne vaut que s’il a un affreux Dalton à occire.

Ah ! Le Troll ! Que serait le web sans lui ? Du pain sans sel ? Ou, enfin, un espace d’échange serein ? Je vois, pour ma part, une ressemblance entre les « brèves de comptoir » et les saillies trollesques… le rire en moins.

D’ailleurs, en parlant des brèves de comptoir, et pour paraphraser l’une d’entre elle qui m’est restée… « Aujourd’hui, la nouvelle, elle a une tronche à faire chabrot après la fraiche ! ». Je pense que je vais en faire tout un fromage.