Dette contre dette : Allemagne/Grèce

« Les Allemands, qui se disent vertueux, estiment que les Grecs ont péché et qu’ils doivent payer. Or, ceux qui ont le plus péché, ce sont tout de même les Allemands, dont la dette a pourtant été effacée parce que les Américains y voyaient un intérêt stratégique. Pourquoi ne pas considérer que sauver la Grèce est stratégique, au lieu de mettre ce pays à genoux ?

Daniel Cohn-Bendit

Alexis Tsipras, à peine arrivé au pouvoir, remet sur la sellette la question de la dette allemande à l’égard de la Grèce ? Il consacre sa première visite officielle, à se recueillir sur le site de Kaisariani, là où les nazis avaient le 1er mai 1944 assassiné 200 résistants grecs. La question des réparations de guerre dues par l’Allemagne à la Grèce revient sur le devant de la scène dans un contexte de tensions extrêmes entre la commission européenne et le nouveau pouvoir à Athènes.

Les exactions allemandes ont été particulièrement violentes en Grèce, occupée d’avril 1941 jusqu’a l’armistice du 8 mai 1945 pour ce qui concerne la Crète. Ce ne sont pas moins de 70 000 personnes qui ont été assassinées par les allemands. 300 000 seraient mortes de faim.

Comme dans toute l’Europe occupée, la Grèce s’est vue imposer un régime de grande rigueur afin d’alimenter la machine de guerre nazie.

Les accords de Paris du 14 janvier 1946 n’octroieront à la Grèce qu’environ 7 milliards de dollars de dédommagements de guerre.

Les accords de Londres en 1953 effaceront une grande partie des dettes de l’Allemagne et en repousseront une autre partie lorsque la paix aura été proclamée, donc à la réunification de l’Allemagne. Les Etats-Unis ne veulent pas répéter les erreurs du traité de Versailles qui avait mis à genoux l’Allemagne. Ils jouent la carte d’une Allemagne forte et prospère.

En 1990, un nouvel accord est signé entre les deux Allemagnes, le Royaume Uni, la France et les Etats-Unis pour entériner la réunification des deux Allemagnes, avec valeur de traité de paix. Pour Berlin l’Allemagne ne doit plus rien au titre des réparations de guerre.

Pour Athènes, ce traité n’exonère pas l’Allemagne de ses dettes, et de surcroit la Grèce n’a pas été associé à la signature de ce traité.

Par ailleurs il y a aussi l’affaire des réserves d’or de la banque centrale hellénique que les allemands ont entièrement siphonnée et jamais remboursée, au prétexte d’un emprunt (forcé) à taux zéro d’un montant de 3,5 milliards de dollars. Mme Merkel jette un pudique voile d’oubli sur celui-ci avant d’exiger que la Grèce se saigne à blanc pour rembourser son actuelle dette.

Syriza estime la dette globale de l’Allemagne à 1 000 milliards d’euros … les spécialistes parlent, eux de pas moins de 600 milliards d’euros. Un rapport jusqu’ici secret avançait, comme concession ultime vis à vis de l’Allemagne, une dette de 162 milliards d’euros, soit la moitié de la dette grecque.

Pour les allemands il n’est pas question de payer quoique ce soit aux grecs, pourtant dans l’histoire du 20ième siècle, l’Allemagne a bénéficié de l’effacement de sa dette à plusieurs occasions.

Alors que l’Europe peine à se reconstruire au lendemain de la guerre, l’Allemagne bénéficie avec l’appui des Etats-Unis d’un régime particulier qui l’exonère de régler la presque totalité de ses dettes. D’où cette extraordinaire prospérité dont se pare l’Allemagne pour exiger, aujourd’hui, de ses partenaires de multiples plans de rigueurs.

Il faut savoir que l’Allemagne a fait défaut trois fois au cours de ce dernier siècle, en 1930, en 1953 et en 1990.

Alors, Mme Merkel un peu de modestie, faites un geste.