Deuil national et international et état de guerre

« Dans cette période si douloureuse, si grave, si décisive pour notre pays, j’en appelle à l’unité, au rassemblement, au sang-froid. (…) La France est forte, et même si elle peut être blessée, elle se lève toujours et rien ne pourra l’atteindre, même si le chagrin nous assaille. La France, elle est solide, elle est active. La France, elle est vaillante, et elle triomphera de la barbarie. L’histoire nous le rappelle et la force que nous sommes capables aujourd’hui de mobiliser nous en convainc. » (François Hollande, allocution télévisée du 14 novembre 2015 vers 11 heures).

Ceux qui n’avaient pas compris après les attentats contre « Charlie Hebdo » auront peut-être compris après ces nouveaux attentats de Paris du 13 novembre 2015 ayant répandu la mort et la désolation sur le chemin funeste des terroristes (au moins 129 morts et 352 blessés dont 77 en « urgence absolue » selon un bilan du 15 novembre 2015) : les ennemis de la France, les islamistes fondamentalistes, les terroristes djihadistes, veulent s’en prendre à la France, à toute la France, à tous les Français, quels qu’ils soient, même ceux qui pensent les ménager. Le slogan « Je suis Charlie » est plus que jamais valable aujourd’hui. Un deuil national a été décrété de trois jours, du 15 au 17 novembre 2015. Espérons que d’ici là, toutes les victimes auront été identifiées et toutes les familles informées.

Ceux qui ne se sentaient pas impliqués en janvier 2015 parce qu’ils n’étaient ni journalistes, ni dessinateurs, ni policiers, ni Juifs doivent relire ce petit poème du pasteur Martin Niemöller (1892-1984), déporté par les nazis à Sachsenhausen en 1937 puis à Dachau en 1941 où il survécut jusqu’à sa libération en 1945. Il avait écrit ce poème en 1942 à Dachau :

« Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas syndicaliste.
Lorsqu’ils ont enfermé les sociaux-démocrates,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas social-démocrate.
Quand ils sont venus chercher les Juifs,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas Juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas catholique.
Puis, ils sont venus me chercher.
Il ne restait personne pour dire quelque chose. »

Deuil national, cela veut dire que si l’on se considère comme appartenant à la communauté nationale, on est en deuil. Et on le respecte. Le lundi 16 novembre 2015 à midi, une minute de silence sera observée en France, partout dans les institutions, les écoles, etc. et même dans toute l’Union Européenne et dans d’autres pays étrangers. D’ailleurs, les terroristes ne s’en sont pas pris qu’à la France, pour être plus exact, mais à l’être humain en lui-même. Comme tous les terroristes, les uns comme les autres (je le signale si nécessaire : aucun acte terroriste ne peut être admis quelle qu’en soit la cause ; je recommande de relire « Les Justes » d’Albert Camus à ceux qui n’en seraient pas convaincus).

Aucun pays n’est épargné dans cette tentative vaine et folle d’enflammer l’humanité et beaucoup de pays ont déjà connu récemment cette situation de terrorisme : Australie, Canada, États-Unis, Danemark, Belgique, Tunisie, Russie, Nigeria, Liban, Pakistan, etc. D’ailleurs, parmi les victimes du 13 novembre 2015, il y avait aussi beaucoup d’étrangers (Belgique, Allemagne, Chili, Espagne, Mexique, Roumanie, Portugal, Royaume-Uni, Algérie, États-Unis, Suède, Tunisie, Sénégal, etc.).

Lundi, le Président François Hollande s’exprimera à 16 heures devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles. On notera en aparté que cette possibilité décrite par l’article 18 alinéa 2 de la Constitution a été voulue par Nicolas Sarkozy dans la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 et que le PS (et François Hollande en particulier) s’était opposé à cette disposition. Il devrait indiquer aux députés et aux sénateurs quelles sont les mesures qu’il compte prendre pour empêcher un nouvel attentat de ce genre, dans une période assez critique avec le COP21 imprudemment maintenue et la période de Noël au cours de laquelle les grands magasins pourraient devenir des cibles privilégiées. C’est la seconde fois que cette disposition est appliquée après la première convocation du 22 juin 2009 par Nicolas Sarkozy.

Le week-end a été celui du choc, de l’émotion, du recueillement. Avec cette double question : pourquoi ont-ils fait cela ? comment éviter les prochains attentats ? Certains en profitent pour y jeter sur la place publique leur sauce idéologique dans la plus grande indécence pour les victimes et leurs familles. Heureusement, ces comportements déplacés sont relativement rares.

La stupeur n’empêche pas la réflexion et l’une des choses qui m’a semblé assez lassante durant ce week-end, c’est lorsqu’on vient dire en priorité : surtout, pas d’amalgame, pas de stigmatisation des musulmans ! Bien sûr que la plupart des musulmans sont aussi choqués que toute autre personne, bien sûr que l’islam n’est pas une religion d’essence terroriste, certes, il peut y avoir des risques que des simples d’esprit s’en prennent à des supposés musulmans (le 14 novembre 2015 à Pontivy, un groupuscule d’extrême droite identitaire bretonne s’en est pris violemment à un passant d’origine maghrébine, mais ce genre d’agression reste très marginal), mais tout de même, ce n’est pas la première réflexion à avoir en pareilles circonsctances, il y a d’abord la compassion pour les victimes, leurs familles, dont le temps s’est définitivement arrêté ce week-end. Et puis l’autre urgence, c’est d’éviter de nouveaux carnages.

Et là, effectivement, la piste islamiste est évidente : extérieure, sans aucun doute, mais intérieure aussi, assurément. Il était intéressant d’écouter l’imam d’Alfortville, Abdelali Mamoun, expliquer sur iTélé le 14 novembre 2015 que beaucoup de musulmans pensent maintenant qu’il n’est pas possible d’être à la fois musulman et français et considèrent la France comme une ennemie. Il devient donc indispensable d’empêcher que dans certaines mosquées, des imams puissent appeler à la haine de la France et des Français.

Il est vrai aussi que chaque mosquée est gérée de manière très autonome par des associations culturelles qui rémunèrent très mal les imams, qui sont donc surtout des individus peu instruits, peu cultivés, ne connaissant pas grand chose de leur religion, de son histoire, mais incités par des éléments extérieurs (qui les financent) à prêcher la haine et la guerre.

Comment procéder pour en finir sur le sol national avec ces mosquées de l’anti-France ? Par la loi du 9 décembre 1905, l’État est neutre vis-à-vis de toutes les religions et ne peut intervenir dans les affaires cultuelles. Lorsqu’il était Ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy avait incité les Français musulmans à s’organiser afin de créer un islam de France indépendant des mouvements islamistes venant des pétromonarchies et d’autres théocraties islamistes. Mais cette politique reste un échec. Faut-il une intervention musclée de l’État à l’intérieur des mosquées et faire appliquer la loi qui punit les appels à la haine et au meurtre ? C’est du reste ce que le Ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé ce dimanche 15 novembre 2015 dans la soirée, à savoir la « dissolution de mosquées qui profèrent la haine ».

Pourquoi n’est-ce que maintenant que le gouvernement a envisagé une telle mesure ? Les suites concrètes des attentats contre « Charlie Hebdo » ont été quasiment nulles. Il  y a eu seulement la loi sur le renseignement, et encore, elle était prévue depuis 2013, bien avant les attentats de janvier 2015, et en plus, elle porte atteinte aux libertés fondamentales, et elle n’est pas d’une efficacité redoutable, même si certains attentats ont pu être ainsi déjoués (notamment contre une église à Villejuif). Parmi d’autres mesures décidées par le gouvernement, le bombardement intensif sur Raqqa, en Syrie, annoncé le 15 novembre 2015.

Durant ce week-end, beaucoup de personnalités ont participé à cette grande réflexion collective, parfois sans grande utilité (qui leur reprochera dans ces moments où seule la présence compte ?) et quelquefois en disant certaines choses assez choquantes. Ainsi, chez Laurent Ruquier, le 14 novembre 2015, l’animateur Michel Drucker racontait qu’il était ce samedi à Angoulême et a pris le TGV de Bordeaux pour rentrer à Paris en remarquant que le train était quasiment vide. Il a alors expliqué qu’il a rencontré des musulmans qui… avaient peur des amalgames. Je voudrais bien savoir comment Michel Drucker distingue les musulmans des non musulmans parmi les passagers d’un train. Sur le plateau de France 2, personne n’a réagi à ces propos. Certes, la grande barbe, la djellaba et d’autres petits détails pourraient suggérer certaines idées, mais a priori, la religion ne se lit pas sur le front des gens et je me souviens qu’en pleine campagne présidentielle, on avait beaucoup reproché à Nicolas Sarkozy la même maladresseen évoquant, le 26 mars 2012 sur France Info, deux soldats français « d’apparence musulmane ».

C’est quand même chez Ruquier ce même 14 novembre 2015 que j’ai entendu la meilleure analyse. Elle est venue de Raphaël Gluscksmann, fils du philosophe André Glucksmann récemment disparu, qui disait que les Français n’ont pas de problème avec leur identité, mais le problème, c’est que les islamistes djihadistes ont, eux, des problèmes avec l’identité des Français. J’avoue ne pas avoir su que ce jeune « réalisateur et écrivain » existait jusqu’à ce samedi, mais je constate que la plupart de ses propos sont sensés, nuancés, intelligents au milieu de nombreuses banalités (au mieux) ou d’incongruités (au pire) débitées dans les médias tout au long de ce week-end, banalités et incongruités qui ne sont que des maladresses dans la détresse et la compassion.

En recevant la plupart des leaders politiques qui comptent en France le 15 novembre 2015, en particulier Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, le Président de la République François Hollande montre une évidente volonté d’unité nationale pour prendre les mesures nécessaires à un renforcement de la sécurité des Français. L’unité et le rassemblement, dans de pareilles circonstances, sont essentiels. Pas sûr cependant que ce soit la voie adoptée par les responsables de l’opposition prompts à remettre en cause la politique diplomatique de la France.

Les citoyens français, s’ils aiment leur patrie, doivent faire barrage aux ennemis de la France en soutenant sans hésitation les dirigeants français, quels qu’ils soient. Et François Hollande en premier lieu : « Ce que nous défendons, c’est notre patrie, mais c’est bien plus que cela : ce sont les valeurs d’humanité, et la France saura prendre ses responsabilités, et je vous appelle à cette unité indispensable. » (14 novembre 2015). Ce rassemblement n’empêche ni la diversité politique ni l’opposition à la politique gouvernementale. Mais aujourd’hui, c’est à l’évidence le temps de l’unité de tout le pays.