La déflation, qu’est-ce que c’est?

Nos dirigeants nous parlent aujourd’hui de déflation et des risques que cela ferait courir à l’Union Européenne. Vous vous demandez  peut être de quoi il s’agit, d’une vraie maladie économique ou d’une nième excuse de nos dirigeants pour s’abstraire de la responsabilité de la situation économique actuelle qui leur permette de repartir sur une autre politique différente de celle qui dure depuis plus de deux ans et dont on n’aperçoit malheureusement pas les résultats?

Un commentaire tout d’abord. La BCE, dont je préfère la légitimité à émettre un gisement sur ce sujet que n’importe quel politique peu compétent économiquement, ne reconnait pas, elle, que l’Union Européenne soit en déflation ni même qu’un tel risque existe. Zéro point de croissance sur le dernier trimestre, qui semble avoir été l’élément déclencheur de ce virage vers l’épouvantail déflation, ne veut pas dire que l’indicateur de l’évolution des prix qu’est l’inflation soit devenu négatif.

Partons donc du principe que nous ne sommes pas en déflation ce qui est la réalité mais examinons néanmoins ce qui s’est passé au Japon,qui lui a vécu 15 ans de vrai déflation sans arriver à s’en débarrasser et qui espère, grâce au traitement que son nouveau Premier Ministre Shinzo Abe lui a appliqué depuis son élection en sortir enfin. Que c’est il donc passé au Japon?

Le Japon a tout d’abord vécu, après la seconde guerre mondiale, une croissance continue à 10pct l’an dans les années 60 puis une croissance toujours vigoureuse et continue dans les années 80 mais au rythme plus raisonnable de 4pct l’an.Cette croissance extraordinaire a eu pour conséquence un quadruplement de la bourse et des prix de l’immobilier entre 1983 et 1989, alimenté qu’ils étaient par la politique agressive de disponibilités de la  Banque du Japon. La bourse et les prix immobiliers se sont un jour écroulés brutalement (les arbres ne montent pas au ciel, proverbe chinois),et les emprunteurs, agents économiques, particuliers ou collectifs se sont trouvés dans l’impossibilité de rembourser prêts et engagements divers. Ménages et entreprises sont devenus insolvables et de cette insolvabilité à découlé une crise aiguë du système bancaire nippon.

Le commerce s’est mis à baisser ses prix pour conserver au mieux son chiffre d’affaire puis commença à licencier puis à baisser les salaires pour les employés restants. C’est ce que l’on appelle la smpira Depuis l’inflation n’a plus jamais repris de la vigueur.La demande qui est déjà structurellement faible au Japon, l’est resté. Le Japon est également, comme l’Allemagne, un pays à faible natalité qui est d’ailleurs prévu perdre un tiers de sa population d’aujourd’hui d’içi les 2050/60. Or la natalité est un élément très impactant sur le niveau de consommation.

Shinzo Abe dès son élection, a pris le contrepied des politiques traditionnelles en essayant de susciter de l’Inflation en utilisant l’arme de la banque centrale pour faire baisser le cours du yen et relancer les exportations, en lui faisant racheter des actifs pour relancer le crédit, et en essayant de faite monter les prix avec un accroissement de la TVA de 5 à 8 pct en avril L’ensemble de ces mesures que l’on a surnommé les Abenomics est censé faire remonter les salaires (- 3,8 pct sur un an) , les demandes de crédits et l’inflation. On en est arrivé à une inflation de 3,6 pct en juin ce dont le Premier Ministre se félicite.

On en est là c’est à dire des signes de retournement de certains éléments économiques mais le Japon est loin d’être reparti sur le chemin de l’inflation et de la croissance. A suivre donc.

Vous aurez constaté des similitudes avec la situation européenne, une monnaie forte, trop forte, une inflation qui reste à un niveau faible et des situations différentes voire antinomiques avec une natalité globalement assez forte et une croissance des populations grâce à des flux migratoires forts.Le problème est plus en Europe des prélèvements excessifs de certain états dans certains pays, dont la France, qui impactent la compétitivité des entreprises et de leurs produits face à des pays émergents agressifs.

Qu’avait fait le Japon pour se protéger de cet écueil à l’époque? Il avait toujours su protéger son marché intérieur grâce à des normes particulières, une culture et des produits et marchés très spécifiques, un fort sens de l’innovation ( la moto, l’électronique, la Hi-Fi, les walkmans, les écrans plats) et en allant s’implanter dans tous les pays d’Asie du Sud Est à bas coût de main d’oeuvre à une époque où les pays émergents n’avaient pas encore vraiment enclenché la vitesse supérieure.

Globalement, les situations sont néanmoins assez différentes, mais l’avantage est que les leçons apprises du Japon peuvent nous être utile en Europe si une telle situation déflationiste se précisait.

Pas de raison de s’affoler donc et des expériences disponibles pour pouvoir réagir si le problème se posait. Alors, juste une argumentation nouvelle de notre Président et de ses Ministres pour nous faire oublier l’échec actuels de leurs politiques? De la com comme souvent hélas?