Le rire, une question de survie…

EST-CE QUE L’ENFER EXISTE ? ET L’ ÉTERNITÉ ?

Mes romans sont la somme de mes vies passées, et qui sait,  peut-être même antérieures, mêlée à la réalité du moment et assaisonnée à coups d’imagination. Et tout cela « tricoté », finit par donner une histoire, une fiction. Souvent très proche de la vérité.C’était le sujet de notre conversation au petit-déjeuner avec mon ami Tone Anusorn,  écrivain et journaliste au « Matichon » (journal d’opposition de langue thaïe).

Parler d’écriture, de politique devant notre troisième café, ce n’est pas mal après les « gin tonic » d’hier soir. Je balance quelques aphorismes qu’il va reprendre dans son journal. De la bouche d’une « farang », ça ne manque pas de piquant dit-il !

Tone organise des symposiums d’auteurs à Chiang Mai il a l’intention d’y parler de mes romans, peut-on trouver meilleur et plus séduisant ambassadeur ? En contrepartie, il m’offrira ses ouvrages, lorsque nous nous retrouverons à Chiang Mai avant mon décollage pour Paris.

Notre amitié réciproque, née comme un coup de foudre, s’affirme de jour en jour, tant nous avons en commun : sur l’écriture elle-même (il prépare un roman sur la Birmanie d’où ses grands-parents sont originaires), j’ai écrit sur les Karen de Birmanie ; sur la façon d’écrire : manuellement d’abord avant de passer à l’ordinateur ; sur tous les problèmes politiques. Longues conversation autour de bières, de cafés, de curry karen (beaucoup de  « pumpkin ») et de cigarillos locaux pour lui. Autour de Michel Houellebecq, d’Amélie Nothomb ! Un intellectuel thaï, comment pouvais-je le laisser me filer entre les doigts ? Maintenant il remet son retour à Chiang Mai…trouve la vie ici « so exotic » !

Le rire et l’humour sont nécessaires lorsque la pression politique vous bâillonne. La dérision est une façon de ne pas mourir asphyxié. Le dictateur, sorte de père fouettard, qui menace de « foutre son poing dans la gueule » d’un journaliste qui lui demande quelles sont les avancées qui ont été faites depuis qu’il est au gouvernement, n’est pas tout à fait le Mister Bean – nom dont on l’affuble ici -,c’est un pur et dur dictateur qui resserre de plus en plus la pression sur son peuple avec la force des militaires, peuple à qui il promet le retour au bonheur (return to happiness) à force de sermons ou au bout de baïonnettes..

Rire par temps d’horreurs et d’injustices (jamais il n’y a eu autant de différence entre le ou les privilégiés en Thaïlande et le peuple. Dans les montagnes certaines personnes âgées n’ont même pas les 30 baths – 80 centimes d’euro – pour aller se faire soigner à l’hôpital), donc le rire par temps de terreur est une nécessité absolue. Une question de survie.

Qui va assurer la succession, qui veut, qui voudrait, qui ne laissera pas… sujets si brûlants que l’enfer à côté, c’est de la « gnognotte ».

Et si l’enfer existe, que ceux qui ont du sang sur les mains y restent pour l’éternité, à condition que l’éternité existe aussi !!