Pétrole et Arctique….Suite

  • Vous avez pu voir, dans mon message du 24 avril que l’exploration de l’Arctique se poursuit, en particulier coté russe où se trouvent la plupart des ressources de la zone.Pourtant, tous les intervenants n’ont pas les mêmes intérêts ni les mêmes manières de voir sur l’évolution des activités dans cette zone.C’est ainsi que le Groenland, qui bénéficie, de la part du Danemark, d’un statut d’autonomie élargie depuis 2009 qui lui donne tous droits sur l’exploitation de ses ressources minières, et aspirait , grâce à l’exploitation de ces ressources, à mettre en place un état Inuit indépendant, semble avoir changé d’avis avec la baisse du prix du baril. Il est vrai que les investisseurs potentiels, déjà douché par la passage du baril de 100/120 à 50 dollars le baril, n’ont pas été encouragés par les résultats décevants des premiers forages. Cairn Energy, la compagnie écossaise, qui y a fait le plus de forages décevant, a décidé de faire une pause après y avoir dépensé un milliard de dollars. Total s’est retiré du pays et GDF Suez a abandonné sa participation à deux licences d’exploration alors que Statoil s’est dessaisi de 3 de ses 4 licences.Ce n’est pas un retournement complet de la position des pétroliers sur l’exploration arctique, mais la prise en compte des difficultés de cette exploration et donc de ses coûts dans un climat où chacun doit réduire ses budgets et que cette chasse au gaspi passe automatiquement par les projets les plus coûteux, ceux de l’arctique.C’est la raison pour laquelle les politiques Inuit ont décidés pour l’instant de se recentrer sur l’éducation, l’amélioration et la diversification de l’économie, très dépendante du Danemark
  • Autres éléments critiques de l’exploration dans cette zone, le climat qui rend très limitées les périodes de forages dans la zone, – 4 mois en été seulement -, et donc infiniment plus coûteuses que dans toute autre zone sur la planète, et les risques environnement aux nettement plus élevés et aux conséquences encore plus lourdes qu’ailleurs. Or quand l’on sait ce que a coûté à BP, en argent et en réputation, la catastrophe de Makondo, il est évident qu’on ne peut se lancer dans de telles opérations qu’en étant absolument certain de sa technique.Les techniques classiques de dépollution, solvant, brûlage, écrémage et pompage y seront difficiles à utiliser et s’il fallait par malheur, forer un second puits pour colmater un puit en éruption en y injectant du ciment comme à Makondo, ce ne serait pas possible avant le retour du printemps! Bref il vaudrait mieux y trouver du gaz que de pétrole brut!La collecte et l’évacuation du pétrole produit passera en période hivernale par des convois de deux ou trois pétroliers de type « arctique » qui devront être précédés par un ou des brise-glaces pour leur dégager un chenal d’accès jusqu’au FPSO de stockage; C’est d’ailleurs le coût exorbitant de telles techniques d’approche qui ont pour l’instant repoussé quasiment sine die tout avancement du projet de Schotckman
  • Les Russes, eux, sont bien obligé d’apparaitre comme volontaristes puisqu’ils sont les seuls à avoir légalement accès à l’Océan Arctique. D’ailleurs, Gazprom est la première société au monde à y produire du pétrole grâce à la plateforme Prirazlomnoye qui a produit depuis son entrée en production en avril dernier en mer de Pechora, 2,2 millions de barils équivalent pétrole, et elle prévoit de multiplier le nombre de puits de production par quatre pour multiplier la production par 2 pour 2015 .Les Russes et leurs compagnies Rosneft et Gazprom ont bien annoncé 400 milliards de dollars d’investissements sur 20 ans pour développer les ressources de l’Arctique, et savent forer en conditions extrêmes mais auront besoin des technologies des compagnies occidentales pour gérer les gigantesques programmes de développement et de mise en production qui suivront. C’est la raison des coopérations entre Gazprom et Total ou Gazprom et Shell ou celle entre Rosneft et ExxonMobil qui a conduit à la découverte d’un gisement potentiellement gigantesque, 1 milliard de Barils, en Mer de Kara au prix, exorbitant, de 600 millions de Dollars.

    Programme qui a été interrompu avant même le premier puit d’évaluation, par les sanctions prises contre la Russie à la suite de la guerre en Ukraine. Les compagnies russes cherchent à remplacer la technologie des « majors » par l’appoint de pétrolier Chinois ou Vietnamien  mais la technique ne suit pas vraiment…