Quand Borloo veut éclairer l’Afrique…

Vous avez sans doute assisté cette semaine à la conférence de presse de Borloo sur son projet d’éclairer l’Afrique (au sens propre bien entendu).

Une conférence un peu inattendu qui a permis aux Français de se rendre compte qu’il était de nouveau en bonne forme physique après de sérieux ennuis de santé qui l’avaient amené à abandonner la vie publique. Ce retour médiatique sur un sujet atypique est il une manière d’essayer de reprendre son ancienne place au sein de la cohorte des prétendants à de hautes destinées nationales? Je ne sais? En tous cas comme c’est un homme sympathique et un peu « différent » de ses confrères et concurrents, nous le reverrons avec plaisir.

Revenons au sujet qu’il a choisi pour ce retour, la mise en place de capacité de production d’électricité qui permette à chaque africain d’avoir l’électricité, alors que quand on le regarde d’un satellite ou qu’on le survole de nuit, on s’aperçoit qu’il est effectivement très peu éclairé. Il est évident que le continent africain aura besoin de plus en plus d’électricité pour développer une industrie et pour apporter un niveau de vie meilleur à ses habitants. Ceci dit la planète éclairée la nuit à tout va que l’on aperçoit du ciel est il le modèle que nous recommande Monsieur Borloo alors que nous savons que cette planète commence à buter sur l’épuisement de ses réserves énergétiques?

C’est pourquoi mon commentaire premier tiré de Cyrano est le fameux: « C’est un peu court, jeune homme! « Encore faudrait il qu’il nous explique en détail son projet, les constatations des besoins et des manques sur lesquelles il est basé, les types d’énergie dont il nous parle et les montages financiers d’un tel grand oeuvre. Je sais, 30 secondes de télévision ne permettent pas d’entrer dans les détails alors qu’elles sont suffisantes pour signaler le retour aux affaires d’un politicien. je veux bien croire que c’est d’un grand projet dont il s’agit mais il faudrait lui donner un peu de substance si on veut que les français y adhèrent.

Par exemple sur quel type d’énergie on/il veut baser un tel projet sachant qu’il faudra prendre en compte les émissions de CO2 considérables et donc une contribution au réchauffement climatique qu’il risque de susciter, les coûts comparatifs des diverses énergies qui vont orienter les choix, les ressources énergétiques disponibles de ce continent, les connaissances techniques nécessaires pour maîtriser certaines d’entre elles et …le financement de ce grand projet sur la durée.Car s’il s’agit de nous dire, on va installer des millions d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques là bas et c’est vous, pays riches, qui allez payer, ce serait un échec immédiat garantie. Dont acte, Monsieur Borloo, il vous faut maintenant passer aux choses sérieuses et monter un vrai projet industriel dont je ne pense sérieusement pas que vous soyez capable, tout seul dans votre coin, après cette belle annonce.

Vous êtes un homme intelligent il vous appartient de nous dire avec quelles équipes, quel financement initial et quel soutien des pays africains et de leur dirigeants vous avez monté votre affaire.

Pour avoir été en poste en Afrique et avoir eu comme client une société nationale d’électricité, je me permet de vous signaler que si ces pays en sont là où ils en sont, c’est d’abord pour avoir laissé péricliter au fil des ans les installations que leur avaient laissé le colonisateur, pour avoir souvent servi de porte monnaie au dirigeants du pays, du parti et au dirigeant de l’entreprise nationale elle même et pour avoir manqué souvent de support technique et de savoir faire industriel. Les choses ont changé, me direz vous avec raison. Regardez tout de même, pour un pays avec de grandes capacités techniques comme le notre comment nous avons « loupé » dramatiquement la construction des centrales EPR d’Okiluoto et, je crains, de Flamanville.J’ai encore le souvenir de la célébration des 50 ans de la société nationale qui m’a donné l’occasion de gouter pour la première fois au Dom Pérignon à volonté alors que la dite société devaient des sommes considérables à celle qui m’employait.

De la même manière, les instances européennes ont financées des quantités d’infrastructures qui n’ont jamais été construites. Tout cela Monsieur Borloo, pour vous dire qu’il vous faudra maîtriser les flux financiers d’où qu’ils viennent et éviter de constater a posteriori, comme au Brésil en ce moment les dérives quasi mafieuses des financements politiques?

Reste à faire converger sur ce projet autant de pays de cultures différentes, de peuples différents qui se haïssent parfois ou sont en guerre les uns avec les autres et qui en plus ne vous connaissent même pas et qui sans doute se demanderont de quoi vous vous mêlez . Parlez vous seulement couramment l’anglais?

Je vous souhaite Bonne Chance dans ce projet pharaonesque et vous dis Bravo pour oser le lancer