Résultats des élections européennes 2014 : un vote logique

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Dimanche dernier, un quart des électeurs ont voté pour le Front National aux élections européennes, provoquant un séisme politique ressenti partout en Europe et même dans le monde.
S’il ne faut en aucun cas stigmatiser les électeurs qui ont voté pour le parti de Marine Le Pen, sans ignorer toutefois les limites de ce parti, il faut bien davantage chercher à comprendre les raisons de ce succès, en écoutant notamment ses électeurs qui méritent autant de respect que les autres…
Cela fait plus de 30 ans que le PS et les radicaux de gauche, le centre, l’UMP (hier le RPR) mènent notre pays dans ce qui ressemble de plus en plus à une impasse au nom de la raison européenne. 
En 1983, François Mitterrand et Jacques Delors avaient choisi l’orthodoxie budgétaire, théorisé la désinflation compétitive et supprimer l’échelle mobile des salaires qui protégeait jusqu’à cette date le pouvoir d’achat des salariés et des retraités.
Au début des années 90, gauche et droite, à tour de rôle, ont fait ensuite le choix détestable de taux d’intérêt élevés, comme l’Allemagne qui affrontait un léger regain d’inflation du fait de la réunification, envoyant au moins un million de personnes au chômage pour défendre le franc fort !  
En 2005, le PS et l’UMP ont ignoré le « Non » du peuple français au traité constitutionnel européen (TCE) et ratifié le traité de Lisbonne fin 2007. Ne pouvant reprendre le texte du TCE qui remplaçait les deux grands traités existants, un tour de passe-passe, inspiré par Valéry Giscard d’Estaing, a permis de conserver les deux traités tout en les modifiant en profondeur dans le traité de Lisbonne :
– le traité instituant la Communauté européenne (Rome, 1957), rebaptisé « traité sur le fonctionnement de l’Union européenne »
– le traité sur l’Union européenne (Maastricht, 1992)
Et aujourd’hui, les choix politiques de François Hollande ne sont que les descendants directs de ceux des décennies précédentes ! Face aux résultats désastreux de ces politiques d’austérité qui provoquent envolée du chômage et paupérisation croissante des actifs et des retraités, il est bien logique que les Français cherchent à exprimer leur colère par leur vote, d’autant plus que PS et UMP se distinguent par leur absence complète de remise en question.
Cette colère qui est sortie des urnes le 25 mai est plus forte chez les classes sociales les plus touchées par les politiques menées, notamment les jeunes et les ouvriers. En effet, plus les personnes sont protégées, moins elles sont susceptibles de voter pour le FN. 
Ce vote est de plus en plus un vote social comme le démontrent remarquablement Emmanuel Todd et Hervé Le Bras dans leur livre « Le Mystère français ». Il est directement corrélé au degré de souffrance à l’égard de la mondialisation. Les classes populaires, en votant pour le FN, expriment un rejet des politiques menées par le PS et l’UMP, sous couvert de l’Union Européenne. 
Mais ce faisant, il y a aussi une part d’adhésion au discours du FN, notamment sur les questions liées au caractère anti-démocratique de la commission de Bruxelles ou à la nécessité d’un contrôle des flux migratoires dans les économies modernes. Le grand succès du FN, c’est d’avoir réussi à incarner une opposition claire grâce à un discours fort mais aussi au traitement médiatique dont a bénéficié Marine Le Pen.
Le FN a-t-il atteint son plafond électoral ?
Il faut bien reconnaître que le plafond de verre historique du FN, que l’on pouvait estimer autour de 18% ou 19% dans le passé, a été largement dépassé lors de ces élections avec un taux de 24,8 %. Certes, la participation n’a été que de 43%, ce qui relativise le score du FN qui a réuni nettement moins de voix qu’à la dernière élection présidentielle (6 421 426 voix en 2012 contre 4 711 339 voix en 2014), soit un différentiel de 1 710 087 voix, ce qui est loin d’être négligeable. Et si l’on calcule le pourcentage de voix obtenues par rapport au nombre d’électeurs inscrits, le FN ne représente que 10,75% du corps électoral, soit 1 citoyen sur 10…
Néanmoins, il ne faut pas oublier que la participation a tendance à être plus faible dans les catégories sociales où le FN est fort. La question qui se pose alors, c’est de savoir si ce plafond a été simplement déplacé ou s’il a été carrément cassé, au point où les routes du pouvoir pourraient s’ouvrir en France pour le parti de Marine Le Pen.
Le contexte exceptionnel (6 ans consécutives de crise) et le fait que traditionnellement les élections européennes sont l’occasion de surprises, poussent à  considérer ce score avec prudence. Si c’est une chose de voter pour des parlementaires européens au pouvoir extrêmement limité, c’en est une autre de voir le FN en tête à d’autres élections ou de dépasser un jour les 50% à l’élection présidentielle.
S’il est plus que probable que la majorité des électeurs du FN préfèrerait que ce dernier surpasse à toutes les élections le niveau du PS et de l’UMP, des sondages récents indiquent cependant que la crédibilité du parti n’est pas si grande pour une organisation qui existe depuis 42 ans.
Mais si l’on considère que la situation ne va pas vraiment s’arranger dans les prochaines années, ce qui est malheureusement une hypothèse crédible, alors de nouvelles révoltes électorales contre les partis dominants n’est pas à exclure…
Les résultats :

L’élection ne se faisant pas en France à la proportionnelle intégrale mais avec une barre de 5% pour accéder à la répartition de sièges, Debout la République (DLR) ou Nouvelle Donne (ND) notamment n’ont aucun élu, malgré leur 7ème et 8ème position.
– FN : 24,8 %
– UMP : 20,8%
– PS-RDG : 13,9%
– UDI-Modem : 9,9 %
– EELV : 8,9%
– FdG : 6,3%
– DLR : 3,8%
– ND : 2,9%
– Extrême Gauche : 1,6 %


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