Du financement participatif pour des projets de logiciel libre en veux-tu ? En voilà !

Le financement participatif ou crowfunding a la cote. Voilà un moyen de financement rendu célèbre par des “levés de fond” fortement médiatisés. Le logiciel libre n’est pas en reste et je vous présente ici trois projets du moment. J’en oublie probablement, n’hésiter pas à vous signaler en commentaire.

Que penser du financement participatif ?

Le principe est simple, je fais une promesse de don à un projet. Selon ma contribution, je peux obtenir une contrepartie si le financement est un succès.

En France les textes de  loi sont en train de se mettre en place. Le projet d’ordonnance prévoit la création de deux statuts : “celui de Conseiller en investissement Participatif ( CIP) pour les plateformes qui commercialisent des actions ou obligations de sociétés non cotées (y compris des SAS) ; et le statut d’Intermédiaire en Financement Participatif ( IFP) pour celles qui fournissent le service de prêts (rémunérés ou non) ou de dons (sachant que celles qui ne proposent que le service de don ne sont pas obligées de prendre le statut d’IFP).”

En ce qui me concerne, j’ai surtout l’impression que c’est devenu un business où ceux qui gagnent à la fin ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Un marché pour les plates-formes de crowfunding qui prennent leur commission au passage. Elles sont forcément gagnantes, ce qui n’est pas forcément le cas des donateurs ni celui des porteurs de projet. Grosso modo, ces plates-formes prennent de 4 à 9% sur les sommes collectés. Leur risque réside surtout dans l’intérêt des projets proposés et dans leur capacité à lever des fonds.

Lupo Libero

Lupo Libero a pour objectif le développement d’une plate-forme hautement “bunkerisé” de partage de fichiers  pour l’utilisateur. J’ai aimé dans la présentation la profession de foi : “l’ordre de développement des évolutions de Lupo sera décidé par ses utilisateurs : il s’agit d’un important transfert de pouvoir : ce n’est plus l’entreprise qui prend les décisions concernant le devenir du logiciel, mais les premiers intéressés : les utilisateurs !” Comme dirait l’autre, ça “j’achète !”.

Pour ce qui est de la solution, il y a des éléments intéressants comme la répartition des données sur les machines des utilisateurs. Pas de grands concepts innovants, mais la volonté de les compiler dans une seule solution. Pour l’instant la participation n’est pas la hauteur des fonds attendus qui se montent à 80 000€. Je doute un peu du succès de l’opération malgré les bonnes motivations de son porteur. Pour une telle somme, il faudrait arriver à toucher le grand public pour sortir de la communauté geek qui n’a pas vraiment besoin de ce type d’outils.

cLibre

cLibre un énième annuaire de logiciel libre  , enfin pas tout à fait. Il s’agit avant tout de proposer un site qui pour chaque logiciel propriétaire propose une alternative libre. Mon rêve sur ce genre de projet serait que les fiches soient dans un “dépôt” commun dans lequel tout le monde puisse venir piocher pour monter des annuaires par métiers, type d’activité, etc. Cela implique probablement d’importants développements qui ne sont pas compatibles avec le temps dont dispose le porteur du projet.

J’ai pu discuter avec ce dernier (un Lyonnais) et nous nous sommes “retrouvés” sur pas mal de sujets. Du coup, c’est le projet auquel j’ai donné un coup de pouce. Il ne manque plus que 169€  et il reste 7 jours pour atteindre les 1000€ fixés.

My Pads

My Pads est, je crois, la première tentative de Framasoft avec ce mode de financement. L’objet du projet est de développer la coquille manquante à Etherpad pour permettre aux utilisateurs de gérer leurs pads et l’accès à ces derniers. Ici, c’est 10 000€ qui sont visés. Les 23% sont déjà atteints à cette heure.

Dans le mail envoyé par Aka pour me suggérer ( façon lèche-bottes  ) de faire un peu de promotions, celui-ci me faisait part que l’enjeu résidait dans la participation des entreprises, collectivités ou associations pour atteindre l’objectif. En effet pas mal de ces dernières utilisent ce service, un juste retour des choses serait effectivement souhaitable.

Concernant, Framasoft, je préfère passer par la case don. J’ai la chance de payer encore des impôts. Les dons pour Framasoft sont déductibles à hauteur de 66% du montant de mes impôts. Pour 100€ donné, je n’en paie réellement que 44. Une bonne façon de choisir comment l’argent de ses impôts est utilisée. “Inconvénient” des dons de ce type, ils ne peuvent être faits pour un projet spécifique.

Un crowfunding adossé à une structure d’intérêt général ouvrant droit à des réductions d’impôt offrirait un levier supplémentaire. Mais se pose la question de l’attribution des fonds et donc de la gouvernance et des choix de financement. Pas forcément compliqué, mais comme toujours, faut le temps pour le faire…

Cela n’enlève rien au deuxième problème qui est celui d’intéresser les utilisateurs, qu’il s’agisse d’entreprises ou de particuliers sans oublier les pouvoirs publics. Pour cela, il faut des projets, des gros projets, des moyens de communication importants, une stratégie de rupture, etc.. Et même avec cela, comme j’ai encore pu le constater cette semaine, force est de constater que nos contemporains restent souvent sourds tant ils sont embourbés et parfois figés dans des modèles désormais dépassés.

Le logiciel libre a ses propres modèles qui ne s’intègrent pas toujours dans les processus de valorisation actuels. La boîte dans laquelle  il essai de se développer n’est pas faite pour lui. Il faut donc pour l’instant, jongler, utiliser les failles du système tout en ayant l’air de s’y glisser pour mieux l’exploser de l’intérieur. Mais les résistances sont grandes et la compréhension des enjeux totalement absente chez nos élites gouvernantes quand ce n’est pas au sein même de la communauté du logiciel libre (marchande ou pas).

Ce qui me fait quand même plaisir dans la multiplication de ces propositions de financement participatif issues de la communauté non marchande du logiciel libre, c’est qu’il y a une forme de prise de conscience que le logiciel libre (le VRAI !) a besoin de trouver des relais financiers, car le bénévolat a ses limites.

Malheureusement le financement participatif reste avant tout une communication “organisée” autour du don. Il est déjà possible de donner à des projets depuis longtemps et les limites de ce mode de financement sont connues. Qu’adviendra-t-il une fois la mode passée ?