Le prix du blogueur

Voici un article que j’avais écrit en écho à l’article de Cyrille Borne : Le pouvoir du blogueur. Et puis finalement je l’avais poubellisé. Je lisais aujourd’hui un autre article de Cyrille où il y est question de con qui dit oui. J’aime cette expression tant je m’y retrouve. Maintenant, j’avoue que j’ai tendance à devenir le con qui dit non tuant ainsi probablement certaines initiatives qui auraient mérité d’être aidées. Pour revenir aux articles de Cyrille dans le premier, celui-ci nous écrivait :

Nous courrons actuellement vers la fin de la blogosphère, de l’amateurisme, de l’internet libre tel que nous l’avons connu et pas pour une histoire de loi.

Je suis en accord avec cette affirmation. Les blogs amateurs sont désormais perdus dans une masse d’informations toujours plus importante et dont la qualité hélas, ne suit que rarement. Les réseaux sociaux sont passés par là et ont aspiré les lecteurs.

Dans son deuxième article, il glisse une petite phrase. C’est elle qui m’a fait reprendre cet article :

La monétisation a du sens, elle va en avoir de plus en plus dans le monde du libre.

Et comment ! Il s’agit là bien du logiciel libre et pas de l’open source. Lui lève des fonds à coup de millions de dollars, mais ne libère pas grand-chose d’autre que du code. L’autre survit la plupart du temps à quelques rares exemples comme Mozilla, The Document Foundation ou quelques projets « mainstream » comme Debian.

Cyrille écrit également :

Nombreuses sont les personnes qui ont arrêté d’écrire, nombreux sont les gens qui se sont professionnalisés, si bien que le blogueur libre indépendant est rare, et comme vous le savez, ce qui est rare est cher.

Se professionnaliser, tenter de faire d’un blog une source de revenus serait incompatible avec le statut de blogueur libre et indépendant. À vrai dire je pense plutôt le contraire, car tout est question d’intention. Pour exister et être visible sur le web, il ne suffit plus de publier du contenu aussi pertinent soit-il. Les usines à contenu et les sites d’informations avec leur poids sur les réseaux sociaux sont difficiles à concurrencer.

Il faut du temps pour faire ce travail de promotion de ses contenus sur les réseaux sociaux. Or le temps est rare et donc cher. Faire vivre et connaître un blog sur ses propres fonds est difficile d’autant plus si vous n’avez pas la capacité d’écriture à la mitraillette de l’ami Cyrille.

Bien sûr, la recherche du profit à tout prix est une forme d’aliénation. Les blogueurs de notre époque n’ont pas trouvé d’autres formes de revenus que celle de la publicité, de l’affiliation et de toutes les pratiques qui vont avec et qui au final leur font effectivement perdre le contrôle de leurs contenus.

C’est un hasard ou la sérendipité pour faire branchouille, mais avant de lire l’article de Cyrille, je suis passé sur le site Reflets.info sur lequel œuvrent quelques célébrités du web telles que Bluetouff ou encore Fabrice Epelboin. Ce média propose aux lecteurs de financer le webzine par leurs dons. Comme ils l’expliquent, cette démarche est la seule qu’ils aient trouvé pour :

Rentrer chez les pro, sans perdre son âme

Il ne vous a pas échappé que j’aimerais écrire plus et mes derniers écrits témoignent de la recherche d’une solution qui me permette de le faire sans avoir justement à perdre son âme. Mais pour quelqu’un qui a fait le choix de se libérer du salariat, le temps est une denrée extrêmement précieuse.

Certains comme Ploum l’affirment tout haut :

Ce blog est disponible à prix libre : il est payant, mais vous pouvez choisir le prix.

C’est pourquoi, je vais faire mienne son approche et vous proposer prochainement de vous abonner/soutenir mon site à un prix libre. Le gratuit c’est fini ou plus exactement, il est temps, voir urgent de marteler que ces contenues, ces logiciels que l’on vous met à disposition sans contrainte, ont un prix. C’est presque une mission éducative au-delà de la recherche d’un éventuel gain.

Je vous laisse parcourir le site de Ploum et le pourquoi du comment de son approche à laquelle j’adhère en fait depuis longtemps. Vous aurez le choix entre divers modes de paiement. Du traditionnel Paypal, en passant par Gratipay même si ce dernier ne permet pas de récupérer pour l’instant les dons vers un compte en banque français. A moins d’en monter une version (associative) en France, car le logiciel de Gratipay est disponible sous licence libre. Je piquerais probablement quelques bonnes idées que j’ai vu chez Ploum sur ces sujets.

Comme je suis d’ailleurs cohérent avec mes propos, je viens de m’abonner à son blog payant au travers de Gratipay. Je paie désormais 0,5 $ par semaine. Un montant qui vous fait sûrement sourire. Mais si chacun de ses lecteurs réguliers le faisait…

Si vous voulez plus de contenu, plus de tutoriels, plus de comparatifs, vous savez ce qu’il vous reste à faire : soutenir. Évidemment, c’est une forme d’engagement de ma part, j’en ai conscience. Tout repose sur la confiance. Encore un sujet sur lequel j’ai un brouillon d’article que je sortirais sûrement vendredi puisque c’est le jour consacré aux trolls.

Confiance nécessaire, car parfois il m’arrivera certainement de tenir des positions contraires à ce que pensent ceux qui m’auront financé. Certains me le feront certainement vertement remarquer. D’avance je leur donne la réponse : n’attendez pas de moi que j’écrive pour vous faire plaisir. C’est certes mon objectif et une part importante de ma récompense que de voir mes articles appréciés, mais pas le seul.

Ce blog demeure mon site personnel où j’exprime mes opinions et reste le seul maître à bord. Tel sera le « deal ». J’ai conscience du grand écart mental que cela implique : « Je paie, mais le gars fait ce qu’il veut, n’importe quoi ». C’est pour cela que le prix sera libre. Pour que vous puissiez soutenir quand vous avez aimé et vous abstenir dans le cas contraire.

Ce soutien ne vous donnera donc droit à rien sur le principe si ce n’est ma très grande reconnaissance. Il sera par contre un encouragement fort à produire du contenu de qualité régulièrement sur ce blog. C’est une expérience pour voir s’il est possible de vivre ensemble autrement. Sinon, je blinderais ce site de pub et pleurnicherais si vous le visualisez avec adblock en vous accusant de tuer la création.