Tout objet technique est pharmacologique : même le logiciel libre

Cet article vient en écho des différents échanges qui ont eu lieu sur le réseau social Diaspora* et dans divers billets récent.

Tout d’abord que veut dire « Tout objet technique est pharmacologique ». J’ai extrait cette phrase du site Ars Industrialis dont je suis de loin les réflexions. Cette phrase est associée à la notion de pharmakon (ou pharmakos selon) :

En Grèce ancienne, le terme de pharmakon désigne à la fois le remède, le poison, et le bouc émissaire.

Pour résumer l’application de cette notion à nos objets technologique et personnellement je l’étendrai à tous les objets qu’ils soient techniques ou pas revient à dire que ce n’est pas l’objet qui a de l’importance, mais ce que l’on en fait. Ainsi un marteau est un parfait outil pour planter des clous, il devient bien plus critiquable lorsqu’il sert à enfoncer le crâne de son voisin. Une forme de Lapalissade que l’on peut étendre à bien d’autres sujets, dont le logiciel libre.

Revenons-en aux événements récents qui concernent le réseau Diaspora* et son utilisation pour de la diffusion de contenu de propagande par l’Etat islamique. J’utilise ce réseau social comme plate-forme de base de mes diffusions vers d’autres réseaux sociaux comme Twitter et Facebook. J’y suis aussi présent histoire de rester au contact de la communauté du logiciel libre qui habite principalement ce réseau. Évidemment, c’est aussi une forme de soutien à ce logiciel libre et une façon de ne pas mettre tous mes œufs dans un seul panier surtout quand on n’en a pas la maîtrise.

Les échanges ici, , soutenus et relancés par Grand Maître Christophe (souvenir, souvenir) autour du comportement des administrateurs de certains pod a été pas mal animés. Ils ont en tout cas permis de constater que ce n’est pas parce qu’un logiciel est libre qu’il est permis d’en faire un usage qui contreviendrait aux lois. Mais j’enfonce probablement des portes ouvertes (ou pas selon).

C’est bien cette notion de poison et de remède de l’outil technologique et au final de bouc émissaire (Diaspora*, le réseau des terroristes) qui transparaît ici. Le logiciel libre n’est pas nécessairement un gage de liberté pour l’utilisateur. Google, Apple, Facebook, Amazon utilisent du logiciel libre massivement dans leur service. Quel en est le résultat pour l’utilisateur ?

Cela montre aussi qu’au final le code n’est pas si important qu’on veut nous en convaincre. Évidemment son existence est un prérequis indispensable. Ce qui prime c’est l’usage que l’on en fait et le « geste » qu’on imprime au projet dans sa globalité. Certains logiciels privateur pourraient bien être parfois plus « libérateurs » que leurs homologues libres.

Quant à la question de Christophe de savoir si Diaspora* est un logiciel libre ou un réseau social libre, je répondrais que c’est certainement un logiciel libre, mais qu’il est encore loin de répondre aux critères qui pourraient en faire un réseau social libre. Je m’appuie toujours sur la définition du TIO (Total Information Outsourcing) pour cela. Hors Diaspora* échoue au premier critère qui est celui de pouvoir récupérer ses données utilisateurs ou alors c’est bien caché. Je passe évidemment sur les conditions d’utilisation et tous les aspects légaux que l’on regarde à la loupe pour les services de Google, mais où l’on est bien moins regardant dès lors qu’il s’agit de la mise en œuvre d’un logiciel libre.

Je ne jette pas la pierre à Fla ou à ceux qui mettent à disposition Diaspora*. C’est à utiliser « tel quel » et ils ne demandent la plupart du temps rien en retour. La chose est entendue. Personnellement, Diaspora* peut bien disparaître (et il disparaîtra comme bien d’autres).

Les réseaux sociaux ne sont à mon sens que des porteurs de flux. Rien de ce qui y circule ne devrait avoir la moindre pérennité. C’est peut-être cette absence de pérennité (consciente ou inconsciente) qui les rend si « vides » d’existence à la différence d’un site personnel voir communautaire. Bien entendu cela ne les place pas au-dessus des lois pour autant.